L'éclatement de l'agence Havas sous l'Occupation

A la veille de la Seconde Guerre mondiale, l'agence Havas, bien que déficitaire et subventionnée par l'Etat, demeure puissante en France et influente dans le monde.
A cette époque, Havas diffuse ses informations dans une cinquantaine de pays et dispose d'un service de dépêches en anglais.
Mais l'agence ne résiste pas à l'Occupation allemande. En quelques mois, elle disparaît, éclatée entre une agence collaborationniste et deux agences dissidentes basées à Londres et à Alger, favorables à la France libre du général de Gaulle.
Matériel de guerre
Extraits du livre des journalistes de l'AFP Jean Huteau et Bernard Ullmann « AFP, une histoire de l'Agence France-Presse » :

« Le 17 (juin 1940) la France capitule. Havas qui a suivi le gouvernement à Bordeaux, va se réfugier à Clermont-Ferrand, tandis que l'Etat français fait de Vichy la capitale de la France vaincue. L'agence souhaite revenir à Paris et y reprendre ses activités. »
Mais les Allemands qui ont installé dans le siège déserté d'Havas à Paris, place de la Bourse, l'agence allemande DNB et une filiale française créée pour la circonstance, l'Agence française d'information et de presse (AFIP), refusent.
Les Allemands considèrent que les postes de l'Agence Havas ont été « un instrument direct de la guerre contre l'Allemagne » et que tout bureau Havas à l'étranger doit être considéré comme du « matériel de guerre ».
Pierre Laval, le numéro deux du régime de Vichy « souhaite la nationalisation d'Havas », ce qui est acté en novembre 1940. La branche information d'Havas est cédée à l'Etat français pour 25 millions de francs, « somme dérisoire qui ne représente que la moitié de la subvention du gouvernement en 1939 ».
« Seule la branche publicité, transformée en société mixte à participation allemande, gardera le nom » Havas.
« Le régime de Vichy dispose désormais d'une agence officielle. En ce 13 novembre 1940, c'est la fin de route pour la doyenne des agences de presse mondiales, cent-cinq ans après sa fondation ». L'agence Havas est rebaptisée Office français d'information (OFI).

Le culte du scoop
L'OFI est en liberté surveillée : deux filiales sont créées, l'une pour la France, étroitement contrôlée et l'autre pour l'étranger, « à la teneur et au ton plus libres » et dont les dépêches resteront signées tout au long de la guerre Havas ou Havas-OFI.
La censure est supprimée en janvier 1941 pour les nouvelles destinées à l'étranger. Le 22 juin, le flash de l'OFI devance les agences allemandes pour annoncer l'opération Barbarossa d'invasion de l'URSS par les troupes allemandes.
« On se frotte les mains. Le culte du scoop demeure. Malgré les conditions pitoyables de l'exil clermontois, toute la routine agencière se maintient. »
Après l'occupation de la zone libre par les Allemands, les 11 novembre 1942, « l'OFI récupère une partie de l'immeuble de la place de la Bourse, puis il va être associé à l'AFIP qu'il finira par absorber ».

Londres et Alger
A l'étranger, les anciens d'Havas réorganisent des réseaux d'information. Ainsi, le chef du bureau Havas à Londres, Paul-Louis Bret fonde le 1er août 1940 l'Agence française indépendante (AFI), financée par le ministère britannique de l'Information avec comme objectif de diffuser des nouvelles auprès des clients d'Havas en Amérique du Sud et au Moyen-Orient, en utilisant des émetteurs britanniques.
Revenu en France, le même Paul-Louis Bret se fait nommer directeur régional de l'OFI à Alger. Après le débarquement des troupes anglaises et américaines en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, et l'invasion de la zone libre en France, Paul-Louis Bret coupe les ponts avec l'OFI et fonde l'agence France-Afrique qu'il propose immédiatement d'allier à l'AFI londonienne.
Soucieux d'indépendance, il démissionne en mars 1944 lorsque l'AFI et France-Afrique tombent sous la coupe du Comité français de libération national (CFLN) à Alger qui devient en juin 1944 le gouvernement provisoire dirigé par le général de Gaulle.
Rebâtir
Pendant ce temps en France, les rangs de l'OFI s'éclaircissent : des journalistes entrent dans la clandestinité. Le 15 avril 1944, trois agences d'information clandestines fusionnent pour former l'Agence d'information et de documentation (AID).
A l'AID, on prépare l'avenir. « Que la France doive, à la Libération, retrouver une grande agence de presse internationale, ne fait aucun doute dans l'esprit de la majorité des anciens d'Havas », soulignent Huteau et Ullmann.
Membre de l'AID, ancien d'Havas et de l'OFI, Gilles Martinet rédige un rapport pour le Comité national de la résistance (CNR) sur la future agence à créer et « examine trois options : société privée, office d’Etat, coopérative ».
Ce sera la deuxième option qui verra le jour : une ordonnance du 30 septembre 1944 fera, à titre « provisoire », de la jeune AFP un « établissement public ».