Havas, le succès de la technique et de la publicité

 

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Service de transmission au siège de l'agence Havas à Paris en 1922 - AFP
Service de transmission au siège de l'agence Havas à Paris en 1922 - AFP

L'agence Havas (1835-1940) doit son essor au 19e et début du 20e siècle aux progrès techniques dans les transports et la communication ainsi qu'au développement de la publicité dans une presse alors florissante.

Des lignes et des lignes

La rapidité de diffusion de l'information est cruciale pour le succès de l'agence Havas dès son origine. Son emplacement à Paris, près de la poste centrale, rue du Louvre, et des Messageries où arrivent et partent les malles-postes pour toute la France, lui confère un avantage capital.

A partir de 1840, l'agence emploie des pigeons voyageurs pour faire circuler les nouvelles entre Londres, Bruxelles et Paris. Havas utilise aussi, pour transmettre ses dépêches, les lignes du télégraphe optique, un système mis au point par le Français Claude Chappe qui en 1844 courent sur 5.000 km en France.

Lorsque commence à se développer le télégraphe

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Exemplaire de la Correspondance Havas du 17 juillet 1866 - AFP
Exemplaire de la Correspondance Havas du 17 juillet 1866 - AFP

 électrique au milieu du 19e siècle, le long des voies de chemins de fer, Havas est le premier à pouvoir faire un usage privé de ce monopole d'Etat afin de transmettre ses bulletins d'information à ses clients dans les départements.

« Un grand brouillard »

Les câbles télégraphiques sous-marins raccourcissent encore plus les temps de transmission entre pays et continents : la première liaison télégraphique sous-marine entre Calais et Douvres est mise en service en 1852.

Reproduction de la Correspondance Havas du 2 novembre 1852 : « Pour mettre Paris en relation directe avec Londres par le télégraphe sous-marin : les essais ont été concluants, la transmission est instantanée. On a demandé de Paris quel temps il faisait à Londres. A peine la demande était faite que la réponse était arrivée : il y a un grand brouillard. Demande et réponse ont été échangées plus vite que nous n'avons mis de temps pour les écrire. »

Un siècle de téléscripteurs

Autre grande première : le 28 juillet 1866, une première dépêche Havas est envoyée des Etats-Unis à travers un nouveau câble transatlantique. Avant cette date les nouvelles devaient prendre le bateau : lorsque le président américain Abraham Lincoln est assassiné, le 15 avril 1865, Havas ne diffuse l'information que 11 jours après.

Dans la seconde moitié du 19e siècle est mis au point un appareil qui permet de transmettre rapidement des messages par signaux électriques à travers les lignes télégraphiques puis téléphoniques : les téléscripteurs. Ce type de système sera utilisé par l'AFP, descendante d'Havas, pour transmettre ses dépêches jusqu'à la fin des années 1970.

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Service de réception radio au siège d'Havas à Paris en 1922 - AFP
Service de réception radio au siège d'Havas à Paris en 1922 - AFP

Un quasi-monopole 

Rapidement après sa fondation, Havas lie son destin au développement de la publicité dans une presse qui est alors en plein essor. L'agence prend le contrôle dans les années 1850 de plusieurs sociétés qui gèrent les espaces publicitaires des journaux de province et parisiens.

Au point d'en arriver à une situation de quasi-monopole. Selon l'historien Gilles Feyel, spécialiste de la presse, « à la fin de 1857, Havas et ses associés contrôlent la plupart des informations véhiculées par les journaux parisiens et départementaux. Ils tiennent également à peu près toutes les annonces qui font vivre ces feuilles ».

Près d'un siècle plus tard, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la situation sera quasi-identique, Havas régissant la publicité de plus de deux cents journaux et exerçant de fait un quasi-monopole sur la presse française.

« L'alliance information-publicité mise en place par Havas pose d'importants problèmes d'éthique qui courront au long des décennies et ne trouveront une solution définitive qu'au moment de la Seconde Guerre mondiale, avec la séparation des deux activités. Comment, en effet, proclamer la neutralité de l'agence Havas, déjà liée aux milieux d'affaires et diffuseur officieux des informations gouvernementales, si elle tient entre ses mains l'existence économique des journaux avec la publicité ? », s'interroge Xavier Baron dans son livre sur Havas et l'AFP « Le monde en direct ».

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L'accord signé en 1859 entre les agences Havas, Reuter et Wolff - AFP
L'accord signé en 1859 entre les agences Havas, Reuter et Wolff - AFP

Le Yalta de l'information

Le 18 juillet 1859, se tient à Paris une sorte de Yalta de l'information entre les trois grandes agences de presse de l'époque : la française Havas, la britannique Reuter et l'allemande Wolff (qui deviendra l'agence Continental en 1865).

Auguste Havas qui a pris la succession de son père Charles-Louis en 1853, Julius Reuter qui a fondé l'agence homonyme à Londres en 1851 et l'Allemand Bernhard Wolff, fondateur en 1849 du Wolff Bureau à Berlin, promettent de « se prêter un mutuel concours pour l'extension de leurs affaires et le développement de la télégraphie électrique ».

Il s'agit là du premier d'une série de contrats aux termes desquels les trois agences vont se partager le monde : à Havas, la France, la Suisse, le sud de l'Europe et l'Amérique latine, à Reuter, le Royaume-Uni, l'empire britannique et l'Extrême-Orient (sauf l'Indochine où la France s'installe), et à l'agence Continental, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Russie et les pays scandinaves. Chacun s'interdit de concurrencer l'autre sur ses terres.

Ce cartel de l'information s'étend en 1870 à une quatrième agence, l'américaine Associated Press. Malgré des désaccords et des crises, l'alliance tiendra jusqu'aux lendemains de la Première Guerre mondiale.