AFP, AP, Reuters : trois agences mondiales, trois statuts

La française Agence France-Presse (AFP), l'américaine Associated Press (AP) et l'anglo-canadienne Reuters sont les trois grandes agences mondiales d'information.
Elles ont toutes trois, avec des accents différents, la vocation d'une couverture planétaire et généraliste de l'actualité.
Nées au 19e siècle et disposant d'un réseau planétaire de collecte et diffusion de l'information, ces agences diffèrent radicalement par leur statut : société cotée pour Reuters, coopérative pour AP, statut sans équivalent pour l'AFP.
Le statut de l'AFP
A sa création en 1944, l'AFP est une société publique sous la tutelle directe de l'Etat français. L'AFP change de statut en 1957 pour devenir indépendante et garantir son impartialité dans le traitement de l'information mondiale.

La loi 57-32 approuvée à l'unanimité le 19 décembre 1956 par les députés français et promulguée le 10 janvier 1957, dote l'AFP de nouveaux statuts, sans équivalent, qui font de l'agence un « organisme autonome » au fonctionnement « assuré suivant les règles commerciales ».
L'Agence France-Presse est soumise au droit commercial comme n'importe quelle société privée mais régie par une gouvernance spéciale, dérogatoire au droit commun des sociétés.
Elle n'a pas de capital et est administrée par un conseil d'administration (CA) composé en grande partie de représentants de ses « clients ». Le CA est actuellement composé de 19 membres : le PDG (lui-même nommé par le CA pour un mandat de cinq ans renouvelable), sept représentants des médias français privés et publics, trois représentants de l'Etat français, cinq personnalités indépendantes et trois représentants du personnel.
La loi définit l'AFP comme un organisme ayant pour objet de rechercher tant en France qu'à l'étranger « les éléments d'une information complète et objective ». Elle stipule notamment que l'Agence met « contre paiement cette information à la disposition des usagers ».
Selon l'article 2 de ce statut, considéré comme la clé de voûte de l'indépendance de l'AFP, « l'Agence France-Presse ne doit, en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d'un groupement idéologique, politique ou économique ».
Cet article stipule également que l'AFP « doit, dans toute la mesure de ses ressources, assurer l'existence d'un réseau d'établissements lui conférant le caractère d'un organisme d'information à rayonnement mondial ».
Ce statut a été à plusieurs reprises toiletté. La retouche la plus récente a été apportée par le Parlement en 2015 avec le rallongement du mandat de PDG de trois à cinq ans et la modification de la composition du CA.
Une refonte plus large du statut, envisagée en 2011, avait suscité l'hostilité des salariés.

La coopérative AP
Fondée en 1846 par des journaux new-yorkais, Associated Press (AP) a le statut d'une coopérative à but non-lucratif ce qui l'oblige à réinvestir l'ensemble de ses bénéfices.
A l'origine, AP a été mise sur pied pour mutualiser les dépenses liées à la collecte d'informations lointaines : il s'agissait au départ pour des journaux de New York de partager la couverture de la guerre américano-mexicaine (1846-1848).
Cette structure coopérative « a résisté au temps, à la Grande Dépression, aux guerres mondiales et continue à très bien fonctionner », expliquait en septembre 2019 le PDG d'AP, Gary Pruitt dans une interview au journal économique français Les Echos.
« Elle n'est pas le meilleur véhicule pour faire la couverture des magazines économiques en tant qu'organisation qui croît le plus vite au monde, mais elle convient parfaitement à une société d'information. En plus de garantir que tout le cash généré soit entièrement réinvesti, elle interdit toute OPA hostile et protège de toute pression de marché que subirait une société traditionnelle, cotée ou non », ajoutait-il.
AP qui emploie 3.200 personnes et diffuse 2.000 dépêches, 3.000 photos et 200 vidéos par jour, a affiché en 2018 un chiffre d'affaires de 510 millions de dollars.
La société cotée Reuters
Fondée en 1851 à Londres par Paul Julius Reuter, ancien employé allemand d'Havas à Paris, l'agence Reuters (auparavant Reuter's, l'apostrophe a été abandonnée au début du 20e siècle) est dès son origine une société privée.
Rachetée par les journaux régionaux britanniques (à travers la Press Association) dans les années 1920/30, Reuters adopte un fonctionnement proche d'une coopérative, avec à sa tête un trust qui en garantit l'indépendance.
Dans la seconde moitié du 20e siècle, Reuters se diversifie et prospère dans les systèmes de transactions boursières et d'informations financières.
Entrée en bourse en 1984, Reuters demeure une agence d'information généraliste mais réalise l'écrasante majorité de son chiffre d'affaires dans les systèmes de transactions.

La règle interne interdisant à tout actionnaire de contrôler plus de 15% du capital de Reuters est contournée en 2008 lors de son rachat par le groupe de média canadien Thomson.
Aujourd'hui le groupe coté Thomson Reuters Corp, basé à Toronto, emploie plus de 25.000 personnes dont environ 2.500 journalistes pour Reuters et affiche 5,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires (chiffre 2018).
Et les autres agences
Outre ces trois grandes agences généralistes et mondiales, il existe de nombreuses agences d'information spécialisées, régionales ou nationales. Leur statut varie de compagnies privées à sociétés publiques ou coopératives.
On peut citer les agences financières américaines privées Dow Jones (filiale du groupe News Corp) et Bloomberg (contrôlée par Michael Bloomberg), les agences publiques chinoise Xinhua (Chine Nouvelle), russe Tass, la grande agence hispanophone EFE, contrôlée par la holding de participations publiques espagnoles Sepi, ou encore l'allemande DPA, société privée détenue par près de 200 médias allemands.