La fabrique d'une information : exemple du vol Rio-Paris

Comment prend corps et se développe une information à l'AFP depuis l'instant où se produit un événement jusqu'à sa diffusion par les médias ? Exemple avec le crash du vol Rio-Paris.
L'histoire de cet accident, le plus meurtrier de la compagnie Air France, démarre pour l'AFP peu après 11H00, le 1er juin 2009.
Deux journalistes de l'agence sont alertés par téléphone par une source (voir lexique) de la disparition sur les écrans radars d'un Airbus d'Air France assurant la liaison entre Rio de Janeiro et Paris-Charles-de-Gaulle.
Une première dépêche de type alerte (voir lexique) est rédigée par plusieurs journalistes et envoyée aux desks (voir lexique) qui la relisent et l'envoient en quelques secondes aux abonnés en français peu après 11H30.
ALERTE
PARIS, 01 juin 2009 (AFP) - Disparition des écrans radar d'un avion Air France (215 passagers) au large du Brésil (source aéroportuaire)
Rapidement l'information est traduite et diffusée par les desks en anglais, espagnol, portugais, arabe et allemand.
L'AFP est alors la première sur cette information : les alertes sont reprises en « breaking news » sur les bandeaux déroulants des télévisions et sur les sites internet d'information du monde entier.
Quelques minutes après, une information un peu plus longue et détaillée de type urgent (voir lexique) est diffusée par l'agence, également déclinée dans différentes langues.
URGENT
PARIS, 01 juin 2009 (AFP) - Un Airbus d'Air France transportant 215 passagers et qui assurait la liaison Rio de Janeiro-Paris-Charles-de-Gaulle a disparu des écrans radars lundi à 06H00 GMT au large des côtes brésiliennes, a-t-on appris de source aéroportuaire à Paris.
Dans la foulée, les abonnés de l'AFP reçoivent un premier lead (voir lexique) qui donne encore plus de détails.
LEAD
PARIS, 01 juin 2009 (AFP) - Un Airbus d'Air France transportant 215 passagers et qui assurait la liaison Rio de Janeiro-Paris-Charles-de-Gaulle a disparu des écrans radars lundi à 06H00 GMT au large des côtes brésiliennes, a-t-on appris de source aéroportuaire à Paris.
L'Airbus A330 devait se poser à 11H10 heure de Paris à l'aéroport de Roissy.
Un PC crise a été ouvert à Roissy dans la matinée, selon la même source.
« L'inquiétude est très grande à Roissy. L'avion a disparu des écrans de contrôle il y a plusieurs heures. Il peut s'agir d'une panne du transpondeur mais ce genre de panne est très rare et l'avion ne s'est pas posé à 11H10 comme prévu », a déclaré la même source aéroportuaire.
La direction d'Air France n'était pas joignable lundi matin.

Quatre reporters de l'AFP partent immédiatement pour l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle où devait atterrir l'avion. D'autres journalistes sont appelés en renfort au siège parisien de l'AFP, place de la Bourse, en ce jour férié (lundi de Pentecôte).
Le bureau AFP de Rio de Janeiro est alerté ainsi que ceux de Dakar et Rabat en raison de la proximité géographique avec le couloir aérien normalement emprunté par l'appareil.
Le service économique de l'AFP contacte le constructeur Airbus et prépare une fiche sur l'A330. Le service documentation met à jour sa liste des catastrophes aériennes. En quelques minutes, au moins 20 personnes travaillent sur cette information.
« Dans ces moments, souligne un agencier, on travaille presque mieux que quand on prévoit quelque chose plusieurs jours à l'avance car il y a une mobilisation très forte ».
Un premier papier général (voir lexique) est diffusé à la mi-journée pour donner l'information avec tous ses détails en un peu moins de 600 mots.
PAPIER GÉNÉRAL
Disparition d'un avion Air France Rio-Paris avec 228 personnes à bord
PARIS, 01 juin 2009 (AFP) - Un Airbus A330 d'Air France transportant 228 personnes a disparu lundi matin au-dessus de l'Atlantique, entre Rio de Janeiro et Paris Charles-de-Gaulle, ne laissant « aucun espoir » de retrouver des survivants, ont indiqué des sources aéroportuaires à Paris.
Une source aéroportuaire a précisé à l'AFP que l'avion avait disparu des écrans de contrôle à 06H00 GMT (08H00 à Paris) alors qu'il survolait l'Atlantique.
L'Airbus A330, parti dimanche de Rio à 19H00 locales (22H00 GMT/00H00 à Paris), devait se poser lundi à 11H10 heure de Paris (09H10 GMT) à l'aéroport de Roissy.
Il n'y a plus « aucun espoir », a déclaré à l'AFP une autre source aéroportuaire. Dans un « dernier message, le commandant de bord annonçait des turbulences et après le contact a été perdu », a ajouté la même source.
L'hypothèse d'un détournement « est clairement écartée », a déclaré à l'AFP le ministre de l'Ecologie et de l'Energie Jean-Louis Borloo, privilégiant « l'hypothèse d'un accident ».

De son côté, l'armée de l'air brésilienne a lancé tôt lundi matin des recherches à partir de l'île de Fernando de Noronha, au large de sa côte nord-est, en plein Océan atlantique, ont indiqué les autorités aéronautiques brésiliennes. Une cellule de crise a été mise en place à l'aéroport de Rio.
Le président français Nicolas Sarkozy, qui pourrait se rendre au PC de crise dans l'après-midi, a exprimé sa « très vive inquiétude » et demandé au gouvernement et aux administrations concernées « de tout mettre en oeuvre pour retrouver la trace de l'avion », a annoncé l'Elysée.
Air France a confirmé à l'AFP être « sans nouvelles » de son vol 447 en provenance de Rio et à destination de Roissy-Charles-de-Gaulle, transportant 216 passagers et 12 membres d'équipage.
Un PC crise a été ouvert à Roissy dans la matinée, selon la même source.
« L'inquiétude est très grande à Roissy. L'avion a disparu des écrans de contrôle il y a plusieurs heures. Il peut s'agir d'une panne du transpondeur mais ce genre de panne est très rare et l'avion ne s'est pas posé à 11H10 comme prévu », a déclaré la même source aéroportuaire. Un transpondeur est un appareil émetteur-récepteur qui envoie automatiquement un message d'identification au signal d'un radar.
Dans l'aérogare, un message était diffusé à l'attention des proches des passagers : « nous demandons à toutes les personnes qui attendent les passagers du vol AF447 de se présenter au comptoir à l'arrivée du terminal 2E ».
Air France a déclaré à l'AFP avoir « le regret d'annoncer être sans nouvelles du vol AF 447 effectuant la liaison Rio-Paris avec 216 passagers à bord » et « partager l'émotion et l'inquiétude des familles concernées ».
Cinq Italiens se trouveraient parmi les passagers, a indiqué lundi l'agence italienne Ansa, citant des sources aéroportuaires italiennes.

Deux numéros d'urgence pour les familles ont été ouverts : un numéro vert pour la France 0.800.800.812 et un autre pour l'étranger 00.33.1.57.02.10.55.
Le ministère des Affaires étrangères a activé son centre de crise et mis en place un autre numéro vert : 0.800.174.174.
Le secrétaire d'Etat aux Transports Dominique Bussereau, s'est rendu au PC de crise à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, a annoncé à l'AFP son ministère.
Au long de cette journée, l'AFP diffusera de nombreuses dépêches sur la disparition : papier général régulièrement actualisé, papiers d'angle, film des événements, encadrés et aussi des infographies, des photos et des vidéos.
Il faudra attendre le lendemain pour que l'armée de l'air brésilienne trouve la trace de « petits débris » d'un avion dans l'Atlantique et plusieurs jours pour repêcher les premiers corps.