L'arrêt de condamnation de Pétain

Dépêche de l'AFP, en date du 15 août 1945, concernant l'arrêt de condamnation de Philippe Pétain. Sa condamnation à mort sera commuée par le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, en détention à perpétuité.
PARIS, 15 août 1945 (AFP) - L’audience est reprise à 4 heures pour le verdict. Malgré l'heure, la salle où plane un grand silence est pleine. Les délibérations du jury auront duré sept heures. L’accusé fait son entrée suivi de ses avocats.
La Cour rejette d’abord les conclusions présentées par la défense au début du procès. Le président donne ensuite lecture de l’arrêt motivé.
Concernant l’activité de Pétain de 1934 à 1940, la Cour retient les campagnes plébiscitaires menées autour de Pétain. En mars 1940, Pétain annonçait que les événements obligeraient à l'appeler.
En juin 1940, Pétain adressait à l’Allemagne une demande d’armistice et empêchait par son message aux Français la poursuite de la lutte. Il s’opposait au départ du gouvernement en Afrique. Après le 10 juillet, Pétain adaptait en France les régimes fascistes.

En octobre 1940, Pétain allait à Montoire et annonçait la collaboration. Les abandons se succédaient alors, économiques et politiques. En 1941, une sorte de collaboration militaire s'instituait, notamment en Syrie. Des avantages étaient donnés à l’Allemagne en Afrique du Nord.
Pétain instituait ensuite des Cours spéciales pour juger les patriotes. Il encourageait la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchevisme), recevait Doriot et le colonel Labonne de la LVF.
En avril 42, Pétain rappelait Laval qui déclarait d’accord avec lui : « je souhaite la victoire de l’Allemagne ».
En novembre 42, Pétain donnait l’ordre aux troupes de résister aux Alliés en Afrique. Pétain est également responsable du sabordage de la flotte.
En 43, Pétain prenait dans son cabinet Philippe Henriot (figure de la Collaboration) et aggravait la propagande contre les Alliés et les résistants.
Pétain n’a élevé aucune protestation contre les déportations.
Darnand (chef de la milice) devenait chef du maintien de l’ordre sur l’appel de Pétain. Presse, cinéma, radio invectivaient nos alliés sans réaction de Pétain. Il n’avait pas protesté contre l’invasion de la zone libre. Pétain a soutenu que sa politique avait pour but d’aider indirectement les Alliés. La Cour rejette ce point de vue. Cette politique a égaré des Français qui ont cru aux messages et aux actes publics de Pétain.
Celui-ci est responsable des actes accomplis sous son autorité.
Il n’est pas prouvé que Pétain ait comploté contre le régime avant 40. Mais il a profité de son pouvoir pour l’abattre.
En conséquence, la Cour condamne Pétain à la peine de mort, à l’indignité nationale, à la confiscation de ses biens.
En raison du grand âge de l’accusé, la Haute Cour de justice demande que la sentence ne soit pas exécutée.