Deux résistants et déportés, Marcel Paul et Paul Arrighi

 

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Marcel Paul, membre du PCF, ancien résistant et déporté, à Paris en novembre 1945 - AFP
Marcel Paul, membre du PCF, ancien résistant et déporté, à Paris en novembre 1945 - AFP

Le 31 juillet, les témoignages de Marcel Paul et de Paul Arrighi, résistants et rescapés des camps de la mort, font passer un nouveau souffle sur le procès de Pétain et de son régime qui, jusqu'ici, a surtout entendu des dignitaires de la IIIe République.

Marcel Paul, résistant communiste à partir de la rupture du pacte germano-soviétique (juin 1941), a été déporté en avril 1944 à Auschwitz puis à Buchenwald où il est devenu un des chefs de la résistance clandestine, aux côtés des communistes allemands. Il a ainsi sauvé plusieurs déportés français dont Marcel Dassault. De retour à Paris, en 45, il deviendra ministre de la Production industrielle dans le gouvernement du général de Gaulle.

Son audition est suivie par celle de Paul Arrighi, avocat, arrêté par la Gestapo le 31 octobre 1943 et envoyé à Mauthausen. Ce sont ces deux hommes qui adresseront les accusations les plus fortes à l'encontre de Pétain et de son régime.

PARIS, 31 juillet 1945 (AFP) - M. Marcel Paul, qui a demandé à être entendu est aussitôt introduit. Il est âgé de 45 ans et se déclare domicilié 213 rue Lafayette, au siège de la CGT.

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Marcel Paul, prononçant un discours le 1er mai 1945 devant un parterre d'anciens prisonniers et déportés  - AFP
Marcel Paul, prononçant un discours le 1er mai 1945 devant un parterre d'anciens prisonniers et déportés  - AFP

« J'ai demandé à témoigner comme soldat de la Résistance et ancien déporté politique. Les coups les plus durs portés à la Résistance l'ont été par les policiers de Vichy.

Si les occupants, poursuit Marcel Paul, n'avaient pas bénéficié de complicités des policiers de Vichy, ils auraient pu beaucoup moins gêner les résistants".

M. Marcel Paul donne ensuite quelques exemples des méthodes de tortures employées par les policiers de Vichy, qui n'avaient rien à envier aux policiers de la Gestapo. « C'était au nom des morts de Verdun qu'on poursuivait les Français résistants ». « Les juridictions instituées par l'accusé, selon ses directives, jugèrent et condamnèrent à mort ou à la prison les patriotes poursuivis pour résistance. Dans les maisons centrales, à Fontevrault, à Clairvaux, à Poissy nous étions plus durement traités que les criminels de droit commun ».

« Les geôliers de Vichy n'hésitaient pas à nous livrer aux Allemands ». M. Marcel Paul poursuit en décrivant très sobrement les horreurs des camps d'Auschwitz et Buchenwald, où il a séjourné. « Sur 7 généraux français qui étaient à Buchenwald, 1 seul est revenu, 3 d'entre eux avaient été livrés aux " Boches " par le gouvernement de Vichy. Ils sont morts pour le compte du gouvernement de Vichy ».

M. Perney, juré, demande au témoin, si, d'après lui, la responsabilité de l'accusé est totale. « Pour nous, la question ne se posait pas, Pétain et son gouvernement sont entièrement responsables ».

Un deuxième témoin est introduit :  M.Paul Arrighi. Il se qualifie lui-même d'homme de la rue et de Français moyen. M. Arrighi qui fut un des premiers résistants commença à penser qu'il s'agissait de trahison lorsqu'il vit dans tous les journaux la photographie du chef de l'Etat serrant la main d'Hitler (lors de l'entrevue de Montoire le 24 octobre 1940). Il continua lorsqu'il apprit la constitution de la LVF (Légion des volontaires français contre le bolchevisme, créée le 8 juillet 1941) et l'appel que fit le maréchal Pétain pour le recrutement de la LVF. « Vous êtes, disait Pétain, aux volontaires l'honneur de la France ».

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Des déportés et des prisonniers de guerre français arrivant, en mai 45, à l'aéroport du Bourget - AFP
Des déportés et des prisonniers de guerre français arrivant, en mai 45, à l'aéroport du Bourget - AFP

Le chef de l'Etat pouvait au moins se taire.

Plus tard pour le STO (Service du travail obligatoire), nous avons assisté aux autres appels faits par le chef de l'Etat. Escroquerie à la relève, et Laval disait : « Français je parle en son nom, c'est au nom du maréchal Pétain que je vous demande de partir ».

Pétain lui-même a déclaré à la radio : « Je marche la main dans la main avec M. Laval ».

Il pouvait, s'il ne pouvait s'en aller, se taire.

M. Arrighi parle ensuite de la Milice. « J'ai été déporté à Mauthausen. Lorsque des jeunes allaient mourir, ils me disaient : " ce que je ne pardonnerai jamais, c'est que j'ai été arrêté par des Français, par des miliciens ". Pétain pouvait faire des gestes, il pouvait se réhabiliter. Il s'est tu, il a couvert la Milice.

Le responsable de cela, c'est le chef de l'Etat. Il a fait don de sa personne à la France, il est responsable de ce que j'appelle une trahison ».