Starlettes, fêtes et smoking : le folklore de Cannes

En plus de 70 ans, se sont créées autour du festival de Cannes une foule de traditions, mélangeant de façon unique protocole strict, folklore provençal et fêtes démesurées.
La montée des marches : un smoking sinon rien
Vingt-quatre marches de légende, recouvertes de 60 mètres d'un tapis rouge changé trois fois par jour, sur lesquelles sont braquées chaque soir des centaines d'objectifs de photographes et de caméras de télévision. Ne peuvent prétendre à monter le mythique escalier que celles et ceux qui bénéficient d'un carton d'invitation.
Mais ce précieux sésame ne suffit pas. Encore faut-il respecter un dress code immuable depuis en 1946. Robe longue pour les femmes, costume noir, smoking et noeud papillon pour ces messieurs. Photographes et caméramans, pourtant bardés de leur matériel, sont logés à la même enseigne. Quelques exceptions sont toutefois tolérées pour les stars.
L'équipe du film de la soirée ferme la marche et peut monter sur la musique de son choix.
Des délibérations à huis-clos
Le dernier jour du festival, le jury s'enferme à huis clos pour décider du palmarès. Le lieu, tenu secret, est protégé par la police, les téléphones des jurés sont confisqués.
Les neuf jurés doivent obligatoirement attribuer sept prix: la Palme d'or, le Grand Prix, les prix de la mise en scène, du jury, du scénario et les Prix d'interprétation féminine et masculine. Le palmarès ne peut comporter qu'un seul prix ex æquo et cette disposition ne peut s'appliquer à la Palme d'or.
Pour chaque prix, le scrutin secret est à la majorité absolue : au moins 5 voix sur 9. Par tradition, un seau à champagne fait office d'urne: les jurés y déposent un petit papier plié en quatre.
Pétanque et pissaladière
Chaque année, le jury et les journalistes accrédités sont invités par le maire de Cannes à un aïoli en plein air au cœur du quartier historique du Suquet. Au menu: tapenade, pissaladière, tarte au citron et tourte sucrée aux blettes, au son des fifres et des tambourins.
Dans les années 50, les vedettes se pressaient à la bataille de fleurs sur la Croisette et au pique-nique aux îles de Lérins, avec soupe de poissons et partie de pétanque.

Les starlettes, tombées en désuétude
Dès 1947, les jeunes filles rêvant d'une carrière sur grand écran tentent de se faire remarquer en se promenant en maillot sur les plages de Cannes. En 1953, les badauds peuvent y admirer Brigitte Bardot, encore inconnue, qui s'y fait faire des tresses par Kirk Douglas.
Un an plus tard, la starlette est celle par qui le scandale arrive. Simone Silva enlève son soutien-gorge lors d'une séance de photos avec Robert Mitchum. Le cliché choque l'Amérique puritaine et la jeune actrice est obligée de quitter le festival.
En 1977, les nymphettes en monokini subissent la concurrence de Mister Univers. Arnold Schwarzenegger, qui veut percer dans le cinéma, vient exhiber ses pectoraux sur la Croisette.
Les starlettes sont peu à peu tombées en désuétude, remplacées par les top-models invitées par des sponsors du festival et les vedettes de télé-réalité.
Fêtes et coups de pub
A Cannes, tout est bon pour faire parler d'un film. En 1963, Claudia Cardinale se promène avec un guépard tenu en laisse pour promouvoir « Le guépard » de Luchino Visconti. Un vautour, des chameaux ont aussi défilé sur la Croisette. En 2014, c'est en char d'assaut qu'Harisson Ford arrive au Palais des festivals.
Certaines fêtes, traditionnellement organisées par les équipes des films en compétition, sont aussi entrées dans l'histoire de Cannes.
En 1960, 500 bouteilles d'ouzo et 5.000 verres à casser sont mis à disposition des invités de la soirée grecque organisée pour « Jamais le dimanche » de Jules Dassin.

En 1997, la fête du « Cinquième élément » de Luc Besson, projetée en ouverture, est organisée dans un vaisseau spatial nimbé de bleu, spécialement construit pour l'occasion.
Quand Emir Kusturica reçoit la Palme d'or pour « Underground » (1995), une soirée est improvisée sous un chapiteau sur la plage. Tout commence sous les meilleurs auspices. Johnny Depp, Carole Bouquet, Jim Jarmush dansent au son d'un orchestre tzigane quand une bataille éclate. La fête finit en pugilat généralisé et le réalisateur palmé n'est pas le dernier à distribuer les coups de poing.