Favre Le Bret, Jacob, Frémaux... : ceux qui ont façonné Cannes

 

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Thierry Frémaux (G) et Gilles Jacob attendent l'équipe d'un film en haut des marches du palais des festivals, le 19 mai 2010 ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP
Thierry Frémaux (G) et Gilles Jacob attendent l'équipe d'un film en haut des marches du palais des festivals, le 19 mai 2010. Anne-Christine Poujoulat - AFP

Robert Favre Le Bret, Gilles Jacob, Thierry Frémaux ou Pierre Lescure : oeuvrant dans les coulisses et accueillant les stars en haut du tapis rouge, ces hommes ont fait de Cannes le plus grand festival du monde.

Robert Favre Le Bret, le diplomate obstiné

Robert Favre Le Bret (1904-1987) a mené Cannes sur les fonts baptismaux avant d'en faire le plus grand rendez-vous mondial du cinéma.

Ancien journaliste, Robert Favre Le Bret s'occupait des questions artistiques et culturelles au Commissariat au tourisme lorsque lui a été confié le poste de secrétaire général pour la première édition du festival en 1946. Nommé délégué général l'année suivante, il en est devenu le président de 1972 à 1983.

En 38 ans de festival, ce diplomate obstiné et avisé l'a vu passer d'une petite fête --600 personnes-- à un gigantesque marché --plus de 40.000 personnes.

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Robert Favre Le Bret, président du festival, et Françoise Sagan, présidente du jury, le 24 mai 1979 RALPH GATTI - AFP
Robert Favre Le Bret, président du festival, et Françoise Sagan, présidente du jury, le 24 mai 1979. Ralph Gatti - AFP

Sa plus grande victoire : avoir réussi à faire sortir « Andrei Roublev » d'Andrei Tarkovski de l'Union soviétique. Réalisé en 1966, ce film demeurait derrière le rideau de fer et les autorités de ce pays refusaient obstinement de le montrer en Occident. Il aura fallu toute sa ténacité pour que, trois ans plus tard en 1969, ce film puisse être présenté sur la Croisette hors compétition.

Il a su également élargir la manifestation quand il le fallait, donnant par exemple carte blanche à l'Association française de la critique de cinéma en 1962 pour qu'elle crée « La semaine de la critique ».

En 1969, après le vent de contestation de mai 1968 qui avait obligé le festival à fermer ses portes cette année-là, il a autorisé la création de « La quinzaine des réalisateurs », dotant le festival d'une section défricheuse qui lui a permis de découvrir des cinéastes comme Scorsese, Herzog, Angelopoulos...

Gilles Jacob, le grand chambellan

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Gilles Jacob, entouré de Claudia Cardinale et Alain Delon, le 14 mai 2010 au festival de Cannes FRANCOIS GUILLOT - AFP
Gilles Jacob, entouré de Claudia Cardinale et Alain Delon, le 14 mai 2010 au festival de Cannes François Guillot - AFP

Eternel homme en smoking accueillant les stars en haut des marches, il a été pendant une trentaine d'années le grand chambellan du festival de Cannes.

Cinéphile dès l'adolescence avant de devenir critique, Gilles Jacob, né en 1930, a couvert son premier festival de Cannes en 1964.

Il a rejoint l'équipe en 1976, d'abord comme délégué général adjoint, avant de devenir deux ans plus tard délégué général responsable de la fameuse sélection des films en compétition, puis d'obtenir la présidence du festival de 2001 à 2014.

Il a fait de cette immense foire aux vanités et aux talents, de cet éminent rendez-vous glamour, une référence indiscutable de la cinématographie à l'échelle planétaire sans négliger ni la création ni le business. Il a aussi favorisé à Cannes la présence des médias.

Sous son « règne » ont été inventés la « Caméra d'or » (première oeuvre), « Un certain regard » (sélection officielle bis), les « Leçons de cinéma » (données à des étudiants par un metteur en scène) et la « Cinéfondation » (pour les jeunes prétendants à la mise en scène).

Gilles Jacob a aussi contribué à façonner la légende du festival en racontant ses coulisses à travers de nombreux livres et documentaires.

Thierry Frémaux, discret et tout puissant sélectionneur

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Le délégué général du festival de Cannes, Thierry Frémaux, pose pour l'AFP le 22 avril 2015 MARTIN BUREAU - AFP
Le délégué général du festival de Cannes, Thierry Frémaux, pose pour l'AFP le 22 avril 2015. Martin Bureau - AFP

Inconnu du grand public mais tout-puissant dans le petit monde du cinéma, Thierry Frémaux choisit depuis 2001 les films en sélection officielle au festival de Cannes. Entré à Cannes comme délégué artistique, il est devenu délégué général en 2007.

Né en 1960, son style est à l'opposé de celui de Gilles Jacob, à qui il a succédé en tant que sélectionneur. Jacob assumait son côté mondain, aimait raconter les coulisses du festival et proclamer son amour pour les artistes. Discret et presque austère, Thierry Frémaux préfère jouer les hommes de l'ombre.

Ce cinéphile intransigeant voit 4 à 6 films par jour et 800 par an dans ses bureaux parisiens et jusqu'en Corée ou au Brésil où il hume les nouveaux talents.

Il est réputé pour son patient travail de relations avec des cinéastes dont certains, Terrence Malick, Wong Kar-wai, Clint Eastwood, sont devenus des proches. Sensible aux affres des créateurs, il a mal vécu la froideur de l'accueil réservé à certains des films qu'il a sélectionnés, comme « Mystic river » d'Eastwood en 2003.

A son arrivée, Thierry Frémaux a eu à coeur de faire revenir les majors américaines et d'ouvrir le festival au cinéma de genre, à l'animation.

Pour certains, il a parfois cédé aux sirènes mercantiles de Hollywood en accueillant hors compétition, les blockbusters « Matrix » ou « Da Vinci Code ».

Pour d'autres, il doit faire plus de place aux nouveaux talents, dans un festival souvent vu comme le « rendez-vous des cinéastes confirmés » tels que Pedro Almodovar, Nanni Moretti ou les frères Coen.

Dans les années 1990, Thierry Frémaux s'était déjà vu léguer la direction de l'institut Lumière, la cinémathèque de Lyon, qu'il a conservée et n'a cessé de faire grandir en parallèle de son travail à Cannes. Il y était entré comme bénévole, pendant ses études en histoire sociale du cinéma.

Pierre Lescure, le nouveau « patron »

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Le président du festival de Cannes, Pierre Lescure pose au côté d'Agnès Varda le 21 mai 2015 ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - AFP
Le président du festival de Cannes, Pierre Lescure pose au côté d'Agnès Varda le 21 mai 2015. Anne-Christine Poujoulat - AFP

Homme de télévision, « Enfant du rock » devenu patron de studios hollywoodiens, créateur de Canal+, Pierre Lescure a été élu en 2014 à la présidence du festival de Cannes.

S'il n'a pas encore imprimé sa marque comme « patron » de la Croisette, cet ancien journaliste né en 1945, a déjà une longue histoire avec le cinéma.

D'abord journaliste radio puis présentateur du JT, il a connu une carrière fulgurante en co-fondant, à 39 ans, la toute première chaîne payante française Canal+, omniprésente dans le cinéma. Puis en devenant dix ans plus tard le PDG d'un groupe devenu multinational avec la fusion entre sa maison mère, Vivendi, et le Canadien Seagram, qui possédait les studios Universal.

L'homme, qui n'a jamais caché ses sympathies pour la gauche, est né en 1945 d'un père journaliste à l'Humanité et d'une mère enseignante, tandis que son grand-père éditeur avait fondé en 1941 avec Vercors les éditions de Minuit.

Ce Parisien, gouailleur et direct, a débuté comme journaliste à la radio (RTL, Europe 1, RMC) avant de passer par la télévision où il a présenté le journal de 20h00 d'Antenne 2, lancé « Les enfants du Rock », dirigé des magazines comme « Résistances », avant de prendre la direction de l'information de la chaîne publique.

En 1984, il a préparé et lancé Canal+ au côté d'André Rousselet. Dix ans plus tard, il en est devenu à 48 ans le président emblématique. Il a alors incarné par son franc-parler, son réseau et son goût de la fête, le célèbre « esprit Canal ». Il a été évincé en 2002 par Jean-Marie Messier, le PDG de Vivendi Universal.

Pierre Lescure cultive un tropisme américain depuis l'enfance. Au tournant de l'an 2000, il a réalisé un rêve de gosse : diriger une des +majors+ d'Hollywood, les studios Universal.

Celui qui a partagé la vie de Catherine Deneuve dans les années 80 est également un habitué du festival du cinéma américain de Deauville, dont il a présidé le jury en 2002.

« J'aime la littérature, j'aime aussi beaucoup la musique, j'ai fait du théâtre. J'espère que la touche Lescure s'exprimera à travers cette curiosité universelle sur la création », confiait-il à l'AFP en 2015, juste avant de prendre les rênes de « sa » première édition.

 

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Le « premier » festival de Cannes de Thierry Frémaux - INA