1946 : les débuts chaotiques du plus grand festival du monde
 

Par Françoise MAUPIN

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Grace Moore chante la Marseillaise lors du premier Festival de Cannes, en septembre 1946 - AFP
Grace Moore chante la Marseillaise lors du premier Festival de Cannes, en septembre 1946 - AFP

Après un faux-départ en 1939, le premier festival international du film s'ouvre à Cannes le 20 septembre 1946. La journaliste de l'AFP Françoise Maupin raconte ses débuts chaotiques dans une dépêche parue en 1987 à l'occasion du quarantième anniversaire de la manifestation.

Cannes 1946 : « Je déclare ouvert le Festival de l'agriculture... »

PARIS 3 mai (AFP) - « Je déclare ouvert le premier Festival de l'agriculture » : c'est avec ce superbe lapsus dont l'auteur était le ministre francais du Commerce et de l'Industrie que fut inauguré le 20 septembre 1946 le festival de Cannes.

Il ne faisait que commencer une tradition fort longue. L'émotion a souvent trahi ceux qui se trouvaient sur la scène cannoise. C'est ainsi que trente ans plus tard le grand Akira Kurosawa sera baptisé Harakiri Kurosawa et Ettore Scola, Hetero Scola.

Mais en 1946, il avait fallu sept ans -- l'âge de raison -- pour que naisse le festival. L'idée en effet avait germé en 1939 pour faire concurrence à la Mostra de Venise, dominée par Mussolini, et Cannes avait été choisie de préférence à Biarritz. Les dates retenues étaient les 1er et 20 septembre 1939. Mais comme l'écrira Philippe Erlanger, un des pères fondateurs de la manifestation : « Le nom du festival flamboyait déjà en lettres de néon au fronton du casino municipal quand la folie des hommes éteignit les lumières ». Le 3 septembre la guerre était déclarée avec l'Allemagne et les vedettes américaines déjà arrivées sur la Croisette : Tyrone Power, Gary Cooper, Norma Shearer réintégrèrent Hollywood.

De ce premier festival, le critique Robert Chazal se souvient : « L'ancien casino avait été aménagé en salle de projection. Les places étaient numérotées et j'avais hérité d'un strapontin ».

« Ce fut très rapidement la pagaille. La projection d'un film russe fut de nombreuses fois interrompue. On cria au sabotage et la délégation soviétique menaça de se retirer. Mais un peu plus tard le film d'Alfred Hitchcock "Les enchaînés" fut envoyé, bobines inversées. Finalement tout se termina dans la bonne humeur, les fêtes furent brillantes, notamment la soirée mexicaine où la tequila coula à flot ».

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Des stars paradent sur la Croisette en 1947, lors de la deuxième édition du festival - AFP
Des stars paradent sur la Croisette en 1947, lors de la deuxième édition du festival - AFP

Pour que Cannes conserve la manifestation, son maire Raymond Picaud décida de construire en hâte un superbe palais. « Aussi, raconte Robert Chazal, la soirée d'ouverture du second festival fut pour le moins curieuse: on y présenta tous les techniciens et ouvriers qui avaient participé à la construction du bâtiment ».

« Celui-ci était quasiment fini, à l'exception du toit que l'on avait remplacé par des bâches. Cette construction de fortune résista jusqu'à la veille de la clôture où elle fut emportée par un énorme orage. Pour le palmarès, on dut se rabattre en hâte sur l'ancien casino ».

En 1948, de même qu'en 1950, la manifestation n'aura pas lieu, faute d'argent. Après une session en 1949 qui aura imposé « Le troisième homme » interprété par Orson Welles, la manifestation prendra son veritable essor en 1951. Son palais était enfin complètement aménagé. Elle ne le quittera qu'en 1983 pour s'installer dans le « Bunker » sur l'emplacement de l'ancien casino, là même où s'était déroulé le premier festival.

Les stars, les cinéastes, tout ce que le monde connut de célèbre défila alors sur la Croisette.

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Le premier festival de Cannes - INA