1992 : l'étrange débat Mitterrand-Séguin sur le traité de Maastricht

 

Image
Le débat Mitterrand-Séguin sur Maastricht en 1992 - AFP
Le débat Mitterrand-Séguin sur Maastricht en 1992 - AFP

Le 3 septembre 1992, François Mitterrand, malade, défend le oui au traité européen de Maastricht, lors d'un face-à-face resté dans les mémoires avec le chef de file des souverainistes, Philippe Séguin.

Le débat, qui se tient deux semaines avant le référendum, est retransmis depuis le grand amphithéâtre de la Sorbonne par TF1. Le décor choisi est aux couleurs de l'Europe: le plateau est un immense échiquier aux damiers bleu et blanc, entouré de douze lumières bleues symbolisant les pays membres.

Animée par Guillaume Durand, l'émission commence par un dialogue du chef de l'Etat avec un panel de Français équitablement répartis entre pro et anti-Maastricht, ainsi qu'avec trois journalistes, Serge July (Libération), Jean d'Ormesson (Le Figaro) et Gérard Carreyrou (TF1) puis avec le chancelier allemand Helmut Kohl. Celui-ci doit aussi convaincre son opinion guère encline à abandonner le deutschmark.

Le teint livide, paraissant très fatigué, le président se livre toutefois à un vibrant plaidoyer en faveur de l'Europe, expliquant longuement le contenu du traité.

Clou de la soirée, la confrontation avec le député-maire RPR d'Epinal, Philippe Séguin, consacré pour l'occasion chef de file des opposants au traité. Adversaire solide pour M. Mitterrand, il s'était illustré quelques mois avant par un discours fleuve à l'Assemblée nationale, où il avait lancé: "Maastricht, c'est l'anti 1789!". II avait dénoncé "un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique".

A la pause, le président, malade, qui sera opéré quelques jours plus tard par le professeur Bernard Debré, aurait reçu dans les loges des soins sous les yeux de Philippe Séguin, lequel en aurait été déstabilisé, d'après l'animateur de l'émission.

Mise en scène calculée par François Mitterrand pour désarmer son contradicteur ? Quoi qu'il en soit, le tonitruant partisan du "non" sera alors particulièrement déférent envers le président, lors de ce débat courtois et souvent émaillé d'humour où les deux hommes campent sur leurs positions.

Image
MM. Mitterrand, Séguin et Léotard en 1993 - AFP
MM. Mitterrand, Séguin et Léotard en 1993 - AFP

Philippe Séguin, mort en 2010, devait se déclarer satisfait de la manière dont s'était déroulé le débat, affirmant qu'"à un ou deux détails près, si c'était à refaire, il le referait de la même manière". Il devait affirmer qu'"il ne pouvait être question" qu'il "tourne au pancrace" même "si certains ont pu le regretter". Toujours est-il que, par son verbe, il a failli mettre en échec le traité de Maastricht et donc l'euro...

Le 20 septembre, le "oui" l'a emporté de justesse, avec un peu plus de 51% des voix