Mai 81: la victoire ouvre la voie à l'alternance politique en France

 

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Passation des pouvoirs entre MM. Giscard d'Estaing et Mitterrand - AFP
Passation des pouvoirs entre Giscard d'Estaing et Mitterrand - AFP

Par Claude CASTERAN

Le 10 mai 1981, François Mitterrand, candidat socialiste à l'élection présidentielle, l'emportait sur le président sortant Valéry Giscard d'Estaing et ouvrait la voie à l'alternance politique que la France n'avait pas connue depuis un quart de siècle.

Un mois plus tard, après la dissolution de l'Assemblée nationale, la large victoire de la gauche aux législatives -la +vague rose+- donnait la majorité absolue au seul Parti socialiste.

L'union des forces de gauche sur laquelle Mitterrand avait fondé sa stratégie, dix ans auparavant au congrès socialiste d'Epinay, connaissait alors son aboutissement.

Opiniâtre, François Mitterrand réussissait ainsi à sa troisième tentative, après avoir mis le général de Gaulle en ballottage en 1965 et perdu de justesse en 1974, face à Giscard d'Estaing.

Dans la France du début des années 80, l'arrivée de la gauche à la tête de l'Etat marque une véritable rupture politique après vingt trois ans de pouvoir exclusif des gaullistes et des giscardiens.

Mais, surtout, elle inaugure une période où l'alternance des majorités va désormais s'opérer sans heurts et entrer dans les moeurs politiques françaises, la droite et la gauche se succédant régulièrement au gouvernement, à l'instar de la plupart des démocraties occidentales.

Alors que la révolte de mai 68 avait, politiquement, débouché sur un renforcement du pouvoir gaulliste en place, l'élection de mai 81 et les législatives de juin, opèrent un vrai tournant dans la vie politique de la France et dans le fonctionnement de la Ve République elle-même.

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Jacques Chirac et le jeune Nicolas Sarkozy en mars 1981 Georges Bendrihem - AFP
Jacques Chirac et le jeune Nicolas Sarkozy en mars 1981. Georges Bendrihem - AFP

Sur le plan politique, outre la vague rose socialiste, c'est le retour des communistes au gouvernement -ils sont quatre dans le gouvernement de Pierre Mauroy- qui fait l'événement. Bien qu'affaibli au sortir de la présidentielle et des législatives, le PC fait son "come back". Depuis leur éviction en mai 1947 par le socialiste Paul Ramadier, alors président du Conseil, les communistes avaient été tenus à l'écart du pouvoir.

Prévisible en France, leur participation au gouvernement -aux Transports et à la Santé en particulier- provoque un tollé chez les Alliés, et d'abord à Washington. Au point que le vice-président George Bush fait le voyage à Paris pour demander des explications à Mitterrand et le mettre en garde, en vain, contre cette alliance avec les "amis de l'URSS de Brejnev".

Cette alternance politique peu ordinaire va cinq ans plus tard donner lieu à une autre première, institutionnelle celle-là, la cohabitation. Récusée par certains, espérée par d'autres, jugée impossible par quelques spécialistes du droit constitutionnel, elle va pourtant se produire au printemps de 1986. La droite l'emporte aux législatives et le maire RPR de Paris, Jacques Chirac, devient le Premier ministre du président socialiste François Mitterrand.

La confortable victoire du second sur le premier à la présidentielle de 1988, suivie d'un étroit succès de la gauche aux élections législatives, permet de rétablir la cohérence politique entre l'Elysée et Matignon avec la nomination de Michel Rocard, l'éternel rival de "l'homme du 10 mai".

Mais là encore, au terme des cinq années de législature, la cohabitation est de retour avec le triomphe de la droite aux élections de mars 1993. Le RPR Edouard Balladur entre alors à Matignon tandis que Mitterrand doit achever son double septennat en mai 1995.

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Jean Poperen, pour le PS, et Charles Fiterman, pour le PCF, viennent de signer un accord de gouvernement Georges Gobet - AFP
Jean Poperen, pour le PS, et Charles Fiterman, pour le PCF, viennent de signer un accord de gouvernement. Georges Gobet - AFP

Une troisième cohabitation, d'une durée record, interviendra au début de l'été 1997 après la dissolution ratée du président Jacques Chirac qui aboutit à la victoire de la gauche et à l'installation du socialiste Lionel Jospin comme chef du gouvernement.

Ainsi, depuis mai 1981, alternance et cohabitation sont désormais des données centrales de la vie politique française, pourtant régie par une Constitution que l'on croyait rigide et faite sur mesure pour le général de Gaulle.

Nombre d'analystes politiques y voient l'illustration d'un penchant des Français pour le changement, d'autres l'expliquent par le goût qu'ils auraient d'une gouvernance modérée où droite et gauche se partagent le pouvoir.

 

 

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Pierre Favier, journaliste de l'AFP en charge de l'Élysée de 1981 à 1995, interrogé en février 2011 - AFP