10 mai 1981 : explosion de joie place de la Bastille

10 mai 1981 : François Mitterrand a voté à Château-Chinon, Valéry Giscard d'Estaing à Chanonat.
Les rites électoraux ont été respectés ce dimanche de pluie, pour le second tour de l'élection présidentielle. Mitterrand s'est installé dans la Nièvre, à l'hôtel du Vieux-Morvan, où il descend depuis plus de 30 ans.
Giscard d'Estaing s'est replié dans son fief auvergnat. Il se rend à la mairie après la messe, avant de regagner le château familial.
Quinze jours auparavant, les électeurs ont fait le tri, laissant face à face le candidat socialiste et le président sortant. Les sondages non publiés indiquent que Mitterrand doit l'emporter. Mais c'est aux Français d'en décider et la participation atteindra 85,86%.
Première confirmation vers 18H00. Une journaliste annonce à François Mitterrand que les instituts de sondages le donnent gagnant. "Qui donc a dit 'les ennuis commencent' ?", glisse-t-il ironiquement.
A 20H00, les chaînes de télévision dévoilent ligne à ligne le visage du vainqueur. Les yeux de Mitterrand qui se dessinent sur les écrans soulèvent une explosion de joie parmi ses partisans. "Quelle histoire !", lâche-t-il avant de s'isoler pour rédiger sa première déclaration de président.

Au siège du Parti socialiste, un tonnerre d'applaudissements salue l'annonce des résultats. Premier secrétaire du PS depuis le 24 janvier, Lionel Jospin invite les Parisiens à se rendre en masse Place de la Bastille.
Des dizaines de milliers de personnes s'y pressent bientôt autour de deux camions podiums spécialement aménagés, dans un déferlement de décibels.
Une Peugeot verte s'arrête devant l'Elysée, le chauffeur en sort et s'adresse hilare aux policiers de garde: "C'est Mitterrand".
Dès 20H15, Valéry Giscard d'Estaing reconnaît sa défaite et adresse un message à son successeur.
A la Bastille, la foule scande inlassablement les "On a gagné! On a gagné!" d'après-match et réclame la tête des responsables de l'information télévisée : "Elkabbach à l'usine"...
Les dirigeants de la gauche se succèdent sur les podiums. Michel Rocard, Jean-Pierre Chevènement, le communiste Pierre Juquin... Lionel Jospin est l'un des plus applaudis avec un discours aux accents très tiers-mondistes.
Place du colonel Fabien, des militants réclament "des ministres communistes" et sur les Champs-Elysées un inconnu a hissé un drapeau rouge au sommet de l'Arc de triomphe.

Dans la plupart des grandes villes de France, des rassemblements joyeux se forment dès l'annonce des résultats. Des milliers de personnes vont défiler toute la nuit à Marseille, Lille, Toulouse ou Grenoble, au son des klaxons et des orchestres improvisés.
Peu après 22H00, François Mitterrand fait sa première déclaration officielle, dans la salle des mariage de sa mairie. Il se veut à la fois socialiste et président de tous les Français: "J'agirai avec résolution pour que, dans la fidélité à mes engagements, la France trouve le chemin des réconciliations nécessaires. Nous avons tant à faire ensemble".
Il remercie Giscard pour son message, puis prend, en compagnie de son épouse Danielle, la route de Paris. Au péage de Fleury, noyé sous l'orage, deux motards forment la première escorte du nouveau président.
Les résultats définitifs sont annoncés aux petites heures du matin: François Mitterrand l'emporte avec 51,76% des voix, contre 48,24% à Valéry Giscard d'Estaing.