L'enfance cachée de Mazarine


 

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Mazarine Pingeot à Paris en 1999 Jack Guez - AFP
Mazarine Pingeot à Paris en 1999. Jack Guez - AFP

Par Claude CASTERAN

Il a fallu attendre longtemps pour qu'enfin Mazarine, la fille cachée de François Mitterrand, accède au grand jour: les Français ont appris son existence en 1994 lorsque Paris-Match a publié une photo d'elle, alors âgée de 20 ans, avec son père sortant d'un restaurant parisien.

Et ils l'ont véritablement découverte lors des funérailles du président, deux ans plus tard, quand famille officielle et famille naturelle se sont publiquement rejointes.

Durant son enfance et adolescence, Mazarine n'a pas eu le droit de dire "papa" en public mais en revanche, elle le voyait tous les soirs là où elle vivait avec sa mère, à Paris. On pensait que le chef d'état vivait avec Danielle. Il passait en fait la plupart de ses nuits avec Anne Pingeot, conservateur au musée d'Orsay, dans un appartement situé Quai Branly, sur la Seine.

Un livre est paru en 2016, montrant que, pendant 33 ans, M. Mitterrand a adressé des lettres enflammées à son amour clandestin. Ce recueil ("Lettres à Anne, 1962-1995") contient quelque 1.200 missives reçues par la mère de Mazarine. Cette double vie est restée secrète pour le grand public jusqu'en 1994.

Mazarine a toujours décrit un père très attentif, accordant davantage de temps et d'affection à sa seconde famille qu'à son épouse, Danielle, et à leurs deux garçons.

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La veuve du président et Mazarine en 2003 Thomas Coex - AFP
La veuve du président et Mazarine en 2003. Thomas Coex - AFP

C'est en 1981, après la première victoire présidentielle de Mitterrand (elle a alors 6 ans), qu'elle réalise à quel point l'apparition de son père à la télévision "provoque des réactions bizarres, contradictoires". Elle se souvient de l'avoir menacé, dans sa candeur d'enfant, de voter pour Valéry Giscard d'Estaing, dont elle savait seulement qu'il était l'ennemi, pour qu'il lui lise un chapitre supplémentaire d'un livre de la comtesse de Ségur.

"Officiellement, je n'avais pas de père, mes camarades de classe ne savaient rien de mon chez moi, de mes soirs, de mes week-ends, de mes vacances. Ou s'ils savaient, ils n'en disaient rien", a-t-elle écrit. "Le silence s'est imposé. Mon père avait cette forme d'autorité. Avec lui, on savait, sans qu'il ne le demande, ce dont on pouvait parler, ou pas. C'est ainsi que fonctionnent tous les tabous et les secrets de famille", selon elle.

Pendant près de treize ans, huit super-gendarmes l'ont protégée jour et nuit, où qu'elle soit. "Nous devions veiller sur toi car le plus sûr moyen d'atteindre le président aurait été de s'en prendre à toi. Tu étais sa perle", lui a dit un jour un garde du corps.

"Assurer la sécurité et la tranquillité de Mazarine, ce fut le plus beau rayon de soleil de ces 13 ans à l'Elysée", a dit Christian Prouteau, responsable à l'époque de la sécurité au Palais, qui fut mêlé au scandale des écoutes de l'Elysée. Décédé en 1997, le pamphlétaire Jean-Edern Hallier, qui disait notamment vouloir révéler l'existence de Mazarine, a fait l'objet entre 1983 et 1986 de 600 pages de relevés d'écoutes téléphoniques, faisant de lui une des cibles privilégiées de la cellule antiterroriste mise en place par François Mitterrand.

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Mazarine au festival de Cannes 2006 Valery Hache - AFP
Mazarine au festival de Cannes 2006. Valery Hache - AFP

"On nous a reproché de vivre aux frais de la République. Est-ce parce que je n'étais pas une enfant +légitime+ que ma sécurité n'aurait pas dû être assurée comme celle de n'importe quel enfant de chef d'Etat ? Etant donné les menaces réelles, et de plus en plus pressantes, si j'avais été kidnappée, on aurait hurlé à l'inconséquence", a estimé Mazarine.

Elle ne croit pas que son père ait mené une double vie pour des raisons politiques: "il avait une conception de la fidélité intransigeante. On ne trahit jamais les amis, on ne rompt jamais les pactes qu'on a conclus. Il était toujours sidéré que les gens divorcent. Au lieu d'exclure, il additionnait".

Mazarine Mitterrand-Pingeot (son nom officiel depuis novembre 2016) est née le 18 décembre 1974 à Avignon (Vaucluse). Agrégée de philosophie, membre de droit du conseil d'administration de l'Institut François-Mitterrand, elle est romancière et chroniqueuse littéraire à la télévision ou à la radio. Elle a trois enfants.