François Mitterrand: une vie en politique

Par Pierre FAVIER
Un demi-siècle en politique: parlementaire pendant trente cinq ans, onze fois ministre sous la IVe République, élu puis réélu président de la Ve, François Mitterrand aura été l'homme politique de tous les records au regard de son parcours hors normes.
Fils de la moyenne bourgeoisie charentaise, catholique et de droite, il nait à Jarnac le 26 octobre 1916, monte à Paris en 1934 pour faire son droit. Un moment attiré par la droite nationale, François Mitterrand, plus individualiste que militant, adhère pendant quelques mois aux Croix de Feu du colonel de La Rocque.
Prisonnier des Allemands en juin 1940, il réussit à s'évader à la troisième tentative, fin 1941. A Vichy, en 1942, il travaille au Commissariat aux Prisonniers. S'il est proche des thèses de la "révolution nationale" du maréchal Pétain, à aucun moment il n'épouse l'idéologie antisémite, de même qu'il reste constamment anti-allemand. Il entre dans la clandestinité en 1943 pour animer, sous le nom de "capitaine Morland", le réseau des prisonniers de guerre et déportés.
A la Libération, Charles de Gaulle en fait l'un des ses quinze "secrétaires généraux" (ministres). C'est l'année où il épouse Danielle Gouze dont il aura deux fils, Jean-Christophe et Gilbert. En 1994, peu avant la fin de son double septennat, sera révélée publiquement l'existence d'une fille née hors mariage, Mazarine.

Elu député de la Nièvre en 1946, il est, à partir de 1947, de presque tous les gouvernements de la IVe République.
Opposant irréductible à de Gaulle, dès 1958, François Mitterrand est donné comme "fini" après l'affaire de l'Observatoire en 1959, le "faux pas" de mai 1968 et l'échec à la présidentielle de 1974. Pourtant, il réussit à revenir au premier plan en s'appuyant sur des réseaux de fidélités à toute épreuve. Sa manière d'alterner thèse et antithèse dans le propos ou le comportement lui valent déjà d'être qualifié de "florentin", terme qu'il récuse en mettant en avant sa volonté de ne jamais se laisser enfermer dans un raisonnement. En 1965, il a mis le Général de Gaulle en ballottage puis a fondé le nouveau Parti socialiste en 1971.
L'emportant sur Valéry Giscard d'Estaing, il accède enfin à l'Elysée le 10 mai 1981: la gauche revient au pouvoir pour la première fois depuis le Front populaire.

Les Français découvrent alors la "force tranquille" de cet homme secret et obstiné, de taille moyenne, aux dons oratoires évidents. D'abord président du "changement" avec les réformes économiques et sociales (nationalisations, retraite à 60 ans, 5e semaine de congés payés) ou de société (décentralisation, abolition de la peine de mort), il est ensuite celui de la rigueur avant d'être le premier à connaître l'épreuve de la cohabitation en 1986. Il en sort vainqueur face à son Premier ministre Jacques Chirac qu'il bat à la présidentielle de 1988.
Tour à tour homme de ruptures et chantre du rassemblement des Français, François Mitterrand incarne successivement la gauche unie, au pouvoir avec les communistes, et "la France unie" des débuts du deuxième septennat réunissant socialistes et personnalités du centre-droit. Ainsi, celui qui a l'ambition de "changer la vie" et porte l'étendard du "peuple de gauche" se
donne progressivement le visage rassurant du "père de la Nation", se détachant peu à peu des luttes politiques.

Piéton de Paris, il aime flâner dans les librairies du
Quartier Latin, aller au théâtre ou au restaurant avec
des proches. Littéraire, amateur d'art et d'architecture - comme en témoigne sa politique de grands chantiers -, François Mitterrand est aussi un homme de terroir, fidèle à des lieux et rituels. Auteur d'une dizaine d'ouvrages politiques, c'est dans ses chroniques comme "La paille et le grain" ou "L'abeille et l'architecte" qu'il se révèle écrivain, maniant une belle langue classique.
Son visage, d'une pâleur peu commune, se creuse avec l'âge et la maladie. Opéré d'un cancer de la prostate en 1992, il subit une nouvelle intervention chirurgicale à l'été 1994. Hanté par l'idée de la mort qu'il évoque avec constance, François Mitterrand, très soucieux d'inscrire son destin dans l'Histoire de France, meurt le 8 janvier 1996.