La longue marche de l'opposant irréductible à de Gaulle

 

 

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François Mitterrand en 1966 rend hommage à l'action de Léon Blum - AFP
François Mitterrand en 1966 rend hommage à l'action de Léon Blum - AFP

Par Claude CASTERAN

Avant d'être élu à l'Elysée en mai 1981, François Mitterrand a accompli une longue marche politique entamée pratiquement à la veille de la guerre de 1939-45 et qui s'est réalisée, selon sa propre expression, par des "chemins de traverse", des cabinets ministériels de la IVe République à la stratégie d'Union de la gauche

Ce trajet politique s'est forgé autour de trois axes: la plongée dans le pouvoir avant mai 1958 -il fut ministre à 30 ans-, l'opposition frontale au général de Gaulle et aux institutions de la Ve République et enfin, la prise du pouvoir au PS pour la conquête de l'Elysée.

Le noyau dur de l'action politique de François Mitterrand s'est constitué dans son opposition au général de Gaulle.

Non seulement François Mitterrand a refusé de voter l'investiture du général en juin 1958, tout comme l'ancien Président du conseil, Pierre Mendès-France, mais il a notamment bâti cette opposition sur un pamphlet passé à la postérité: "Le coup d'Etat permanent".

Il a choisi son rôle d'adversaire numéro 1 du général et, en s'y tenant, la gauche a réussi, grâce à lui, à investir la Ve République. L'alternance s'est imposée.

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François Mitterrand et Charles de Gaulle durant la campagne électorale de la présidentielle de 1965 - AFP
François Mitterrand et Charles de Gaulle durant la campagne électorale de la présidentielle de 1965 - AFP

Pied à pied, François Mitterrand s'est opposé au fondateur de la Cinquième, même si, une fois à l'Elysée, il s'est parfaitement coulé dans le moule de ces institutions tant décriées.Dans un premier temps, il endosse le maillot du challenger incontournable et devient candidat de la gauche unie à l'Elysée en 1965. Grâce en partie au candidat centriste Jean Lecanuet, il met de Gaulle en ballottage.

La deuxième étape est pour François Mitterrand de l'ordre de l'échec. Et à ce moment là, on ne donne plus très cher de sa peau.

C'est l'épisode de mai 1968. La jeunesse révoltée conteste le pouvoir gaulliste dans la rue et tous les partis -dont le PC et les socialistes- et tous les hommes politiques. Elle scande "élection piège à cons".

Mendès-France tente de comprendre le mouvement. Mitterrand propose de former un gouvernement provisoire avec PMF. La gauche enregistre un cuisant échec aux législatives.

François Mitterrand en tire une conclusion : il ne sera pas candidat à la présidentielle de 1969. Le tandem PMF/Defferre ne recueille que 5,1% des voix. Il ne désarme pas pour autant et entame la conquête du PS. Devenu premier secrétaire (Epinay, 1971), il signe, un an plus tard (juin 1972) un programme commun de gouvernement avec le PCF et les radicaux de gauche.

L'encre de l'accord à peine sèche, Mitterrand assure, le lendemain au congrès de l'Internationale socialiste à Vienne, qu'il faut que désormais le PS soit la force centrale de la gauche et prenne les électeurs du PCF.

Georges Pompidou décède en 1974. Valéry Giscard d'Estaing, aidé par Jacques Chirac, devient président de la République en devançant François Mitterrand qu'il interpelle en lançant : "vous n'avez pas le monopole du coeur".

La gauche se divise. Le PCF rompt au moment de l'actualisation du programme commun en Septembre 1977. Résultat, la gauche qui fait un très bon score au premier tour des législatives de mars 1978 rate la victoire.

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Rencontre entre socialistes et communistes à la fin mai 1968 Jacques Marie - AFP
Rencontre entre socialistes et communistes à la fin mai 1968 Jacques Marie - AFP

Michel Rocard, entré au PS à l'occasion des Assises du socialisme en Octobre 1974 se pose en rival. Mais François Mitterrand poursuit son travail en profondeur.

Au congrès de Metz (avril 1979), il impose, grâce à une alliance avec le CERES de Jean-Pierre Chevènement, une ligne de gauche, l'emportant sur la stratégie rocardienne davantage réformiste.

Rocard s'efface. François Mitterrand est choisi comme candidat au congrès de Créteil, fin janvier 1981. Toute la machine socialiste fonctionne pour lui, Michel Rocard compris. Les reports de voix sont excellents au second tour. La victoire se concrétise le 10 mai. VGE est battu. La gauche s'installe à l'Elysée puis à l'Assemblée.