"Les 110 propositions" et la "Lettre à tous les Français"

 

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Poperen, Jospin et Fabius en 1981 Georges Gobet - AFP
Poperen, Jospin et Fabius en 1981. Georges Gobet - AFP

Les socialistes s'étaient donné sept ans pour mettre en oeuvre les 110 propositions rendues publiques dans le Manifeste du congrès du PS à Créteil en janvier 1981.

Elu en mai, François Mitterrand, premier président socialiste de la République française, dissout aussitôt l'Assemblée nationale. Les élections législatives de juin donnent au PS la majorité absolue des sièges et permettent au gouvernement de Pierre Mauroy de s'engager dans une politique de grandes réformes, s'appuyant sur les 110 propositions.

Celles-ci, très précises, sont divisées en quatre chapitres : la paix, l'emploi et la croissance sociale, la liberté (droits des individus), la sécurité.

Cinq ans après, en janvier 1986, sous le titre "Le chemin parcouru", le Premier ministre Laurent Fabius estimera que "103 des 110 propositions de François Mitterrand ont été à ce jour réalisées, totalement ou partiellement". Un bilan que pourtant les Français jugent sévèrement.

M. Fabius, reconnaissant que "nous n'avons pas résolu le problème du chômage", souligne lui-même le décalage entre ce bilan et la "promesse, nulle part écrite mais inscrite dans beaucoup de rêves, que tout irait mieux, rapidement".

Deux échecs importants: l'abandon de la politique de relance économique en 1983 (inscrite en tête des 110 propositions) et la défaite sur une des réformes emblématiques de la gauche: transformer l'Education nationale en "un grand service public, unifié et laïque" (proposition 90).

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Robert Badinter en 1981 Dominique Faget - AFP
Robert Badinter en 1981. Dominique Faget - AFP

Parmi les engagements tenus : les nationalisations, la décentralisation, l'abolition de la peine de mort, les droits des femmes, des salariés (lois Auroux), ce que l'on a appelé "le socle du changement", et l'"avancée sociale" : réduction du temps de travail, cinquième semaine de congé, retraite à 60 ans.

La durée du mandat présidentiel n'a pas été modifiée (le quinquennat ne sera adoptée qu'en 2000 durant la cohabitation entre Jacques Chirac et Lionel Jospin) et il faut attendre le second septennat pour aborder la réforme du Parlement, de la magistrature, la moralisation de la vie publique.

En 1988, la "Lettre à tous les Français", que François Mitterrand diffuse sous forme publicitaire dans la presse, est moins un programme de réformes qu'une morale du pouvoir et des orientations sur les grands débats à venir : l'Europe, le désarmement, la modernisation de l'économie. C'est sur le thème désormais du "dialogue" et de la "compréhension mutuelle" que François Mitterrand sera réélu en 1988.

 

 

 

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Pierre Favier, journaliste à l'AFP en charge de l'Élysée de 1981 à 1995, interrogé en 2011 - AFP