Les principaux acteurs sud-vietnamiens

Nguyen Van Thieu: un allié encombrant pour Washington
Co-signataire récalcitrant des Accords de Paris avec le Nord, en janvier 1973, Nguyen Van Thieu, le président de la République du Vietnam (Sud) est devenu un allié encombrant pour les Etats-Unis soucieux de sortir du bourbier vietnamien.
Sous la pression américaine, le général Thieu démissionne le 21 avril 1975 après un discours télévisé dans lequel il accuse Washington de "trahison".
Il se réfugie à Taïwan, remplacé par Duong Van Minh qui, le 30 avril, deux jours après son intronisation alors que les Nord-vietnamiens encerclent Saigon, est contraint de capituler.
Officier intelligent, prudent et circonspect, il a participé brièvement, au sein du Vietminh de Ho Chi Minh, à la lutte contre la France avant de rejoindre l'armée vietnamienne créée par les autorités coloniales françaises. Un des acteurs du coup d'Etat de 1963 au cours duquel le président Ngo Dinh Diem est tué, il devient ministre de la Défense du Sud-Vietnam (1964-1965).
Sa position modérée, à la charnière des bouddhistes et des catholiques (il s'est converti au catholicisme lors de son mariage), lui vaut d'être choisi par l'armée, en 1965, pour diriger le dixième gouvernement sud-vietnamien.
Elu président de la République en 1967, Nguyen Van Thieu est réélu, en 1971, lors d'élections considérées truquées.

Le 27 janvier 1973, après avoir reçu l'assurance d'un soutien américain, il signe avec les Etats-Unis et les communistes du Nord les Accords de Paris. Ceux-ci ouvrent la voie à la fin de la guerre mais, autorisant les communistes à conserver leurs zones contrôlées au sud, ils fragilisent le pouvoir à Saïgon.
Thieu accusera le secrétaire d'Etat Henry Kissinger d'avoir bradé le Vietnam du Sud contre un accord, non respecté mais qui lui vaudra d'être le co-lauréat 1973 du prix Nobel de la Paix avec Le Duc Tho, chef de la délégation du Nord aux pourparlers de Paris.
Au printemps 1975, au plus fort de l'offensive nord-vietnamienne qui profite du désengagement américain, il perd le contrôle de la situation devant la déroute de ses soldats et la fuite de centaines de milliers de réfugiés.
Réfugié à Taïwan après sa démission en avril 1975, il s'installe en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis où il décède, à Boston, le 29 septembre 2001, à l'âge de 78 ans.
Le général Duong Van Minh, l'homme de la capitulation
Le général Duong Van Minh, dernier président du régime pro-américain de Saïgon après l'éviction de Nguyen Van Thieu, est contraint à la reddition 48 heures après son intronisation, en pleine débâcle.
Un déluge de roquettes a répondu à sa prise de fonctions et les troupes communistes encerclant Saïgon ont rejeté toute négociation.
C'est à "Grand Minh" (Big Minh), surnommé ainsi pour sa grande taille, qu'incombe, le 30 avril 1975 au matin, la brève annonce radiodiffusée d'un cessez-le-feu unilatéral pour, dit-il, éviter un bain de sang.

Encore optimiste, il espère un "transfert des pouvoirs" mais, dès leur arrivée au palais présidentiel deux heures plus tard, les vainqueurs n'acceptent que sa capitulation.
Il est arrêté avec ses collaborateurs et doit attendre l'année 1983, en résidence surveillée, pour être autorisé à rejoindre ses enfants près de Paris.
Né le 16 février 1916 à My Tho, dans le delta du Mékong au sud de Saïgon, Minh est sous-officier des forces françaises lorsqu'il intègre la jeune armée de l'Etat du Vietnam à l'époque de Bao Dai.
Il est déjà un allié de Washington en 1963, lorsque, le 1er novembre, il co-dirige le coup d'Etat militaire contre le président de la République du Vietnam Ngo Dinh Diem, tué le lendemain.
Le 30 janvier suivant, il est renversé à son tour et doit s'exiler cinq ans à Bangkok où il peut assouvir sa passion pour la musique classique, le tennis et les orchidées.
Rentré au Vietnam sous pression américaine, le général se présente contre le président Nguyen Van Thieu à l'élection présidentielle de 1971 mais, l'estimant truquée, se retire rapidement.
Quatre ans plus tard, les Américains le réinstallent au pouvoir à Saïgon après avoir écarté le président Thieu, devenu un allié récalcitrant.
L'ancien président éphémère décède à l'âge de 86 ans, en Californie où il s'était finalement installé.