Les premières heures dans Saïgon après la chute

 

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Armes et équipements militaires américains sur une chaussée de Saïgon, le 30 avril 1975 Pham Khac - AFP
Armes et équipements militaires américains sur une chaussée de Saïgon, le 30 avril 1975. Pham Khac - AFP

Après un arrêt des transmissions depuis le 30 avril, jour de la chute de Saïgon, le bureau de l’AFP dans la capitale sud-vietnamienne a pu à nouveau envoyer quelques dépêches, le 7 mai.

Toutefois, celles-ci ne sont parvenues à la rédaction centrale de l’Agence France-Presse à Paris que le 9 mai, et incomplètes.

Saïgon : description (retardé en transmission)

Par Georges HERBOUZE

SAIGON, 7 mai 1975 (AFP) - Saïgon n’est pas encore Ville Ho Chi Minh mais ce n’est déjà plus Saïgon.

Aux scènes de folie qui avaient précédé durant 48 heures l’entrée dans la ville de l’Armée de libération, ont succédé presque sans transition des images de paix.

On craignait le pire mais l’armée sud-vietnamienne, à l’exception de quelques cas isolés de résistance désespérée, a surtout donné le pénible spectacle d’unités entières se dépouillant de leurs uniformes sur la voie publique, abandonnant armes et munitions dans le caniveau, laissant là où elles se trouvaient camions, chars et canons.

Dans un kaléidoscope aux images accélérées, les drames individuels s’enchaînaient.

Ici, c’est un policier au garde-à-vous devant le monument aux morts qui se loge une balle dans la tête. Ailleurs, des généraux, parmi les rares qui n’ont pas fui, mettent fin à leurs jours en absorbant des narcotiques.

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Rue de Saïgon, le 17 mai 1975 - AFP
Rue de Saïgon, le 17 mai 1975 - AFP

C’est le spectacle navrant des hôpitaux qui refusent des blessés faute de place. Le rideau tombe sur un drame hors-série dont les actes se sont échelonnés depuis 30 ans.

Trois heures ont passé depuis que le premier char de l’Armée de libération a enfoncé d’un coup de boutoir la grille du palais présidentiel, et déjà c’est la fête.

Tandis que les explosions de dépôts de munitions qui brûlent retentissent encore, les rues redeviennent bruyantes.

Les Honda pétaradent de nouveau. Les premiers vols à la tire sont signalés, les belles de nuit reparaissent, les pillages reprennent.

Saïgon est encore Saïgon.

Le lendemain, d’imperceptibles nuances sont déjà visibles. Des camions Molotov, sans interruption, font leur entrée dans la ville.

Aux carrefours, des jeunes volontaires, le bras ceint d’un brassard aux couleurs du GRP, règlent la circulation.

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Des habitants de Saïgon fuient la ville le 30 avril 1975, après sa chute aux mains des forces communistes - AFP
Des habitants de Saïgon fuient la ville le 30 avril 1975, après sa chute aux mains des forces communistes - AFP

Autour de soldats à l’uniforme vert bouteille et au casque de latanier, des groupes se forment, interrogent. Des voitures équipées de haut-parleurs sillonnent la ville en diffusant des instructions à la population.

Dans une atmosphère de kermesse, Saïgon fait connaissance du nouveau pouvoir.

La ville est encore souillée d’ordures non ramassées. Partout, des tenues camouflées, chiffonnées, sur les trottoirs, des casques, des grenades, des armes avec leurs chargeurs au grand complet, des bandes d’armes automatiques, des obus dans leurs étuis en carton.