Les principaux acteurs nord-vietnamiens

Ho Chi Minh, le Père de l'indépendance du Vietnam
Le 30 avril 1975, Ho Chi Minh est mort depuis près de six ans lorsque les forces communistes prennent Saïgon. Mais le nom du Père de l'indépendance du Vietnam, qu'il a proclamée 30 ans plus tôt, est dans toutes les têtes.
C'est en son honneur que Saïgon (sud) est rebaptisée Ho Chi Minh-Ville après la victoire communiste.
Ho Chi Minh ("Ho à la volonté éclairée") est le énième pseudonyme de Nguyen Sinh Cung, né le 19 mai 1890 dans le village de Kim Liem (nord de l'Annam, actuelle province de Nghe An) d'un père haut fonctionnaire de l'administration coloniale.
Marqué par le renvoi de son père, perçu comme une injustice, il se lance dans un long combat passionné pour "les indigènes opprimés".
Il voue ensuite sa vie à l'indépendance et à la réunification du Vietnam.

Devenu communiste, il fonde à Hong Kong, en 1930, le PC indochinois et, en 1941, le Vietminh, organisation politique et paramilitaire des indépendantistes.
Le 2 septembre 1945, "l'Oncle Ho" a l'audace d'autoproclamer à Hanoï l'indépendance de la République démocratique du Vietnam, malgré la présence de troupes françaises dans le pays.
Près de sept ans après la mort d'Ho Chi Minh, le 2 septembre 1969, la République socialiste du Vietnam réunifié est officiellement créée, le 2 juillet 1976.

Le général Giap, vainqueur de la France et des Etats-Unis
Le général Vo Nguyen Giap, un des artisans majeurs de la victoire du Vietnam communiste contre la France et les Etats-Unis, est un stratège de génie vénéré par la population mais écarté après la mort d'Ho Chi Minh, le Père de l'indépendance.
Sous le mot d'ordre "Plus rapides, plus audacieux", ses "Bo doi" (fantassins du Nord) s'emparent des provinces du Sud puis de Saïgon le 30 avril 1975.
Pour Giap, c'est "une victoire de l'intelligence vietnamienne sur les dollars et les technologies américaines dans une guerre pour laquelle tout le peuple vietnamien s'est mobilisé".
Admirateur de Bonaparte, il fait sienne la tactique d'attaque par surprise.
Il prône la lutte du peuple entier contre la puissance coloniale: "Le lance-pierre contre le B-52".
Giap transforme les paysans en guérilleros résolus et audacieux.
A 28 ans, il est devenu, en Chine, un compagnon d'armes indéfectible d'Ho Chi Minh qui l'a chargé d'organiser la résistance dans les montagnes du nord du Vietnam et, sous sa direction, de fonder l'armée populaire viêtminh.
L'"Oncle Ho" en fait un homme-clé de son gouvernement autoproclamé le 2 septembre 1945, d'abord comme ministre de l'Intérieur.
Il gagne sa réputation de stratège de génie, en mai 1954, en écrasant les Français à Diên Biên Phù.
Il a fait pilonner les troupes ennemies par des canons, hissés par ses hommes en pièces détachées sur les collines surplombant la "cuvette".
Sa victoire entraîne, deux mois plus tard, la conclusion des Accords de Genève qui marquent la fin de la Guerre d'Indochine et la partition du Vietnam, dans l'attente d'une réunification.
Lorsque les Vietnamiens du Sud et les Américains, non signataires des accords, reprennent la guerre contre le Nord, c'est encore Giap qui est aux commandes comme ministre de la Défense.
Evincé ensuite du pouvoir, il ne tait pas pour autant ses critiques contre le Parti devenu, selon lui, "un bouclier pour les responsables corrompus".
A son décès à 102 ans en octobre 2013, son aura incite finalement le pouvoir à lui réserver des funérailles télévisées.

Le Duc Tho, le vainqueur de la bataille diplomatique
Chef militaire et homme-clé discret du pouvoir communiste, Le Duc Tho apparaît en pleine lumière lorsque le Nobel de la Paix 1973 lui est co-décerné avec Henry Kissinger pour la conclusion des Accords de Paris.
Vainqueur de la bataille diplomatique, il le refusera jugeant impossible de "mettre sur le même plan l'agresseur et l'agressé" et soulignant que la paix reste à établir.
Lors de la guerre contre la colonisation française, Le Duc Tho (pseudonyme de Phan Dinh Khai) avait été, avec Le Duan, futur numéro un un du PC vietnamien, le principal responsable de la résistance dans le sud du pays.
Né le 14 octobre 1911 dans une famille de lettrés de la province du Ha Nam (nord), Le Duc Tho s'affirme anticolonialiste très jeune.
A 18 ans, il rejoint le Mouvement des Jeunes d'Ho Chi Minh puis le Parti communiste vietnamien dès sa fondation, en 1930.
Son engagement lui vaut d'être emprisonné à deux reprises, au bagne français de Poulo Condor (1930-1936) puis à Son La (1939-1945) où sont détenus nombre de futurs dirigeants vietnamiens.
A sa libération, Le Duc Tho entre au comité central du Parti puis au bureau politique. Il contrôle toutes les nominations importantes dans le Parti comme dans le gouvernement.
Conseiller spécial de la délégation nord-vietnamienne, il devient un interlocuteur-clé dans les pourparlers avec Washington.
A ce titre, il co-signe avec Henry Kissinger, le 27 janvier 1973, les Accords de Paris qui mettent fin à l'intervention militaire américaine.
L'ancien compagnon d'Ho Chi Minh cède ensuite la première place à Le Duan.
Le Duc Tho se consacre à la supervision de l'offensive générale qui, le 30 avril 1975, permet la prise de Saïgon.
Son expérience lui servira pour préparer l'invasion du Cambodge (décembre 1978) contre le régime khmer rouge. Il restera un membre influent du Politburo jusqu'en 1986.
Jusqu'à sa mort la veille de ses 80 ans, le 13 octobre 1990, celui qui a été l'un des hommes les plus puissants du pays, mène une vie d'ascète à Hanoï dans une petite maison du quartier réservé aux dirigeants "historiques" du Vietnam. Il est enterré à leurs côtés.

Tran Van Tra, le vainqueur militaire de Saïgon
Le général Tran Van Tra, vainqueur de Saïgon évacuée in extremis par les Américains, commande l'ultime offensive communiste qui met fin à 30 ans de combats, le 30 avril 1975.
Avant sa "guerre d'usure" contre les Américains, l'ex-responsable militaire de la résistance anti-française en Cochinchine (région sud) a pour seule ambition d'écraser les Sud-Vietnamiens.
Face aux 600.000 soldats de Saïgon, il dispose d'autant de fantassins et de guerilleros, déterminés mais nettement moins armés.
Pendant l'"offensive du Têt" 1968 (Nouvel An), il mène l'attaque contre l'armée du Sud-Vietnam mais aussi celle des Etats-Unis qui, depuis juin 1965, bombarde systématiquement le Nord et dont les "Marines" ont débarqué.
Démoralisée par le désengagement militaire américain après les Accords de Paris (1973), l'armée sud-vietnamienne perd de sa pugnacité et, le 14 mars 1975, le général vietcong s'empare de Buon Me Thuot, sur les hauts-plateaux du centre.
Il débloque ainsi l'accès aux villes du Sud: Hué, l'ex-capitale impériale, tombe le 25, la rade stratégique de Danang, le 30 mars, et Xuan Loc, le 21 avril, neuf jours avant Saïgon.
Sept ans plus tard, devenu vice-ministre de la Défense, il est écarté pour son livre "La conclusion d'une guerre de 30 ans".
Son indépendance de vues et sa mise au jour des rivalités au sein d'un aréopage soucieux d'unité le font exclure du Comité central et mettre en résidence surveillée.
Finalement réhabilité au début des années 1990, le général Tran Van Tra peut participer aux célébrations du 20e anniversaire de la chute de Saïgon, au printemps 1995, un an avant sa mort, le 20 avril 1996.
Le Duan, grand patron communiste discret
Partisan de la tactique "négocier en combattant", Le Duan est le grand patron des communistes vietnamiens lorsqu'ils s'emparent de Saïgon, le 30 avril 1975.
Six ans plus tôt, il est devenu le chef, discret, du Parti en succédant, à sa mort, à Ho Chi Minh, dont il était le compagnon de route depuis 1930.
Né le 7 avril 1907 dans une famille pauvre du centre du Vietnam (province de Quang-Tri), Le Duan a lutté depuis son adolescence contre la colonisation française.
Son engagement lui a valu d'être emprisonné à plusieurs reprises par les autorités françaises.
Opposé à la partition du Vietnam décidée par les Accords de Genève signés avec la France (1954), dans l'attente d'un règlement politique, il organise les maquis dans le sud du Vietnam.
Trois ans après la défaite française à Diên Biên Phù, Le Duan initie au sein du Bureau politique du Parti un "programme de révolution au sud".
Il prône un renforcement de l'engagement des forces vietcongs en prévision d'une offensive générale.
Homme de terrain, Le Duan est aussi un politique pragmatique, partisan d'une ligne indépendante et nationaliste.
Il veille à équilibrer ses relations avec la Chine et l'URSS mais finit par se rapprocher de Moscou qui, en 1979, lui décerne le Prix Lenine de la Paix.
Nommé secrétaire du Parti en 1946, il en a grimpé rapidement les échelons, devenant Premier secrétaire en 1960, puis secrétaire général fin 1976. Il en restera le tout puissant "numéro un", jusqu'à sa mort, en juillet 1986.