Deux journalistes de l'AFP tués en "couvrant" la guerre du Vietnam
L'Agence France-Presse a perdu deux de ses journalistes pendant la guerre du Vietnam: Alain Saint-Paul et Paul Leandri, âgés respectivement de 28 et 37 ans.
- Alain Saint-Paul -
Le 6 décembre 1969, Alain Saint-Paul, adjoint au directeur du bureau de l'AFP à Saïgon, est en reportage sur un piton âprement disputé, à 3 km de la frontière cambodgienne.
"On est sur un bon coup", dit Alain qui s'y trouve avec deux cameramen et un correspondant de la TV américaine CBS, Richard Threlkeld. Ce seront ses derniers mots.

Soudain, un cri "Incoming!" (ça arrive !). Les forces communistes, qui sont au pied du piton, ont déclenché un tir très violent. En deux ou trois minutes, une vingtaine de roquettes de 107 mm et d'obus de mortiers tombent sur cet avant-poste sud-vietnamien du camp de Duc Lap.
"Nous nous sommes jetés dans une tranchée près du périmètre de sécurité. J'étais à 10 m de lui", racontera Richard Threlkeld.
Une roquette de 107 mm, de fabrication chinoise, explose à moins d'un mètre d'Alain Saint-Paul, sur le bord de la tranchée. Il est atteint par un éclat qui lui traverse l'épaule gauche puis le coeur et meurt quasiment sur le coup. Le journaliste, qui avait déjà passé un an au Vietnam pour l'AFP, avait 28 ans.
Pour sa seconde mission, il faisait équipe à Saïgon avec deux autres journalistes de l'AFP: Felix Bolo, le chef de poste, et Michel Garin dont il prenait la relève. A tour de rôle, les correspondants passaient dix jours en opération.
Après un début d'études de médecine, Alain Saint-Paul avait commencé sa carrière de journaliste au siège de l'AFP, à Paris place de la Bourse. Chargé de la rubrique médicale, il avait annoncé, en avril 1968, la première greffe du coeur réussie en France, par le Pr Cabrol.

- Paul Leandri -
Le 14 mars 1975, six semaines avant la fin de la guerre du Vietnam, Paul Leandri, correspondant de l'AFP à Saïgon, est abattu par un policier sud-vietnamien.
Paul Leandri (à droite sur la photo), qui assure l'intérim du chef de poste à Saigon, a été convoqué au siège de la police après avoir refusé de donner la source d'une dépêche sur des combats autour de Ban Me Thuot (hauts plateaux du centre).
Il avait fait état de l'activité, aux côtés des guerilleros vietcongs, d'une organisation de "montagnards" officiellement ralliés au régime sud-vietnamien.
Excédé par une longue attente, il veut repartir à bord de sa voiture. Des policiers tirent. Sa voiture s'écrase contre un mur. Leandri a été tué d'une balle dans la tempe. Il avait 37 ans.
Pour tenter d'expliquer les circonstances de sa mort, la police publie un communiqué déclarant que le journaliste avait eu une "attitude insultante".
Pour Jean Marin, alors PDG de l'AFP, "C'est le journaliste qui a été tué".
"C'est le journaliste, lassé d'attendre des heures alors qu'il n'était ni arrêté ni en état de garde à vue, qui a voulu rejoindre son bureau. C'est le journaliste qui a été tué". Dire que c'était de sa faute parce qu'il a perdu son sang froid, "C'est alors avouer que pour un emportement - au demeurant bien compréhensible - on peut tuer un homme".