Les principaux acteurs américains

 

Image
Henry Kissinger (G) et le Duc Tho (D), chef de la délégation nord-vietnamienne, après l'Accord de Paris, le 23 janvier 1973 - AFP
Henry Kissinger (G) et le Duc Tho (D), chef de la délégation nord-vietnamienne, après l'Accord de Paris, le 23 janvier 1973 - AFP

Henry Kissinger, un "Faucon" pour une "paix dans l'honneur"

Henry Kissinger dirige la diplomatie américaine lorsque les communistes nord-vietnamiens s'emparent de Saigon, le 30 avril 1975, contraignant les Américains à s'enfuir précipitamment.

Vingt-sept mois auparavant, alors conseiller du président Nixon pour la Sécurité nationale, il a signé avec le Nord-Vietnamien Le Duc Tho les Accords de Paris qui mettent un terme à l'engagement américain au Vietnam, mais pas à la guerre.

Les Etats-Unis sortent alors militairement du bourbier vietnamien, gardant l'espoir d'un Sud-Vietnam indépendant, après un règlement politique espéré dans les deux ans.

Cette signature des Accords de Paris, le 27 janvier 1973, vaut à Kissinger et au Nord-Vietnamien Le Duc Tho le Prix Nobel de la Paix 1973. Mais le premier n'ira pas le chercher et le second le refusera, jugeant "impossible de mettre sur le même plan l'agresseur et l'agressé". En outre, la paix reste à établir, soulignera Le Duc Tho.

Kissinger, qui fait figure de "Faucon", prône une escalade anticommuniste au Nord-Vietnam, au Cambodge et au Laos.

En même temps, il négocie secrètement avec les Nord-vietnamiens en France et consulte les Chinois et les Soviétiques, alliés de Hanoi.

Pour ce négociateur redoutable, une "paix dans l'honneur" doit éviter de porter atteinte à la crédibilité des Etats-Unis dans le monde, l'important étant que le régime de Saïgon ne s'effondre pas trop rapidement après le retrait militaire américain.

Le Sud-Vietnam capitule à peine plus de deux ans après les Accords de Paris.

Né Juif allemand le 27 mai 1923, Kissinger a dû se réfugier, à 15 ans, aux Etats-Unis avec sa famille, et sera naturalisé américain à 20 ans. Il intègre alors le contre-espionnage militaire et l'armée américaine qu'il suit en Europe comme interprète en allemand.

Après la Seconde Guerre mondiale, il entre à Harvard d'où il sortira diplômé en relations internationales avant d'y enseigner et d'en devenir un des directeurs.

Conseiller du Républicain Richard Nixon depuis janvier 1969, Kissinger, promu Secrétaire d'Etat en septembre 1973, est le premier à assumer les deux fonctions. Il les conserve jusqu'en novembre 1975, sous Gerald Ford qui a succédé au président Nixon contraint à la démission par le scandale du Watergate (1974). Kissinger reste Secrétaire d'Etat jusqu'en janvier 1977.

Il enseigne ensuite à Georgetown et fonde un cabinet de consultants internationaux "Kissinger Associates". Cependant, plusieurs organisations l'accusant de crimes de guerre, l'ancien grand voyageur doit restreindre ses voyages à l'étranger et vit désormais entre New York et Kent (Connecticut).

Image
L'ex secrétaire d'Etat à la Défense Robert McNamara (G) et le général nord-vietnamien Vo Nguyen Giap (D), ex chef de l'armée communiste, le 9 novembre 1995 à Hanoï - Hoang Dinh Nam - AFP
L'ex secrétaire d'Etat à la Défense Robert McNamara (G) et le général nord-vietnamien Vo Nguyen Giap (D), ex chef de l'armée communiste, le 9 novembre 1995 à Hanoï. Hoang Dinh Nam - AFP

Robert McNamara, architecte de la guerre

Robert McNamara, ex-secrétaire à la Défense (1961-1968) de John F. Kennedy et de Lyndon B. Johnson, a été un des principaux architectes de l'intervention au Vietnam avant de reconnaître qu'il s'était fourvoyé.
"Nous nous sommes trompés, nous nous sommes horriblement trompés", confie-t-il dans des Mémoires publiées en 1995, "La tragédie et les leçons du Vietnam". "Nous décidions du destin d'une région dont nous ignorions tout", reconnait-il.

Avant de se voir proposer le Pentagone par John F. Kennedy, nouvellement élu à la présidence, ce diplômé en économie, mathématiques et philosophie de l'université de Berkeley, présidait depuis un mois le groupe automobile Ford.

Selon ses collaborateurs, Robert Strange McNamara, né le 9 juin 1916 à Oakland (Californie), était énergique et brillant, voire arrogant, et "son cerveau était un ordinateur".

A partir de 1967, le chef du Pentagone doute d'une victoire. Il invite Johnson à négocier une paix plutôt que d'avoir une escalade dans cette guerre devenue très impopulaire, parfois appelée "Guerre de McNamara".

Image
Le secrétaire d'Etat à la Défense Robert McNamara (C) entouré du chef d'Etat major le général Maxwell Taylor (G) et du président John.F. Kennedy (D) à la Maison Blanche, le 24 septembre 1963 - AFP
Le secrétaire d'Etat à la Défense Robert McNamara (C) entouré du chef d'Etat major le général Maxwell Taylor (G) et du président John.F. Kennedy (D) à la Maison Blanche, le 24 septembre 1963 - AFP

Le président l'éloigne et le nomme à la tête de la Banque Mondiale qu'il dirigera pendant 13 ans jusqu'en 1981, y gagnant une réputation d'ardent défenseur des pays en voie de développement.

Sous la direction de McNamara, la présence militaire américaine passe de quelques centaines de "conseillers" militaires au Sud Vietnam à quelque 550.000 soldats américains à son départ du Pentagone en 1968. Les pertes américaines s'élèvent alors à 16.000 hommes.

"Je n'étais pas d'accord avec lui sur le Vietnam mais il est un des grands fonctionnaires les plus brillants et patriotiques que j'ai connu", soulignait Ted Sorensen, conseiller du président Kennedy, à la mort de McNamara en juillet 2009, à l'âge de 93 ans.

Graham Martin, le dernier ambassadeur américain à Saïgon

Graham Martin, dernier ambassadeur des Etats-Unis à Saïgon et leur "Meilleur atout après le B-52" selon le Pentagone, est contraint de s'enfuir le 29 avril 1975, veille de l'arrivée des Vietcongs.

Image
Vietnamiens dans l'attente d'un visa, devant l'ambassade des Etats-Unis à Saïgon, le 28 avril 1975 - Francoise Demulder - AFP
Vietnamiens dans l'attente d'un visa, devant l'ambassade des Etats-Unis à Saïgon, le 28 avril 1975. Francoise Demulder - AFP

Ancien colonel, il a fait fi de l'encerclement annoncé de la capitale et assuré jusqu'au bout que l'armée sud-vietnamienne protégerait Saïgon et le Delta du Mékong.
Anticommuniste acharné, il soutient l'intransigeance du président sud-vietnamien Nguyen Van Thieu et sa confiance dans les promesses d'aide du président Nixon avant que le Watergate l'oblige à démissionner en août 1974.

Le 29 avril 1975, Graham Martin est évacué par hélicoptère depuis le toit de l'ambassade américaine et se réfugie sur le navire-amiral "Blue Ridge", à une trentaine de km de Cap Saint-Jacques (Vung Tau).

"Si nous avions, comme un Etat digne de ce nom, tenu nos engagements, nous n'aurions pas été contraints aujourd'hui de procéder à cette évacuation", déplore-t-il deux jours plus tard devant la presse.

Après deux mois en Europe, Graham Martin rentre à Washington affronter ses détracteurs qui lui reprochent d'avoir mal informé de la situation, mal protégé les documents classifiés, trop tardé à procéder aux évacuations et pas facilité celle de nombreux collaborateurs locaux.

Fin janvier 1976, il affirme au Congrès avoir fait partir trois fois plus de Vietnamiens que prévu.

Début avril 1974, l'ambassadeur avait déjà choqué le Congrès en recommandant au Secrétaire d'Etat Henry Kissinger de ne pas "répondre honnêtement" à des questions d'Edward Kennedy. Dans un télégramme confidentiel, remis à la presse par le sénateur démocrate "outré", il insinuait que les politiciens cherchant à réduire l'aide à Saïgon faisaient le jeu de Hanoï.

Graham Martin avait pris ses fonctions à Saïgon le 20 juillet 1973, six mois après les Accords de Paris et huit ans après la mort de son fils, abattu au Sud-Vietnam avec son hélicoptère de combat.

Il décède en mars 1990, à l'âge de 77 ans.

Image
Le président Lyndon Johnson (D) avec l'ambassadeur des Etats-Unis à Saïgon, le général Maxwell Taylor (G), à la Maison Blanche, le 8 août 1965 - AFP
Le président Lyndon Johnson (D) avec l'ambassadeur des Etats-Unis à Saïgon, le général Maxwell Taylor (G), à la Maison Blanche, le 8 août 1965 - AFP

Lyndon Johnson, un président complexe

En accédant à la présidence des Etats-Unis deux heures après l'assassinat de John F. Kennedy, le 22 novembre 1963, le vice-président démocrate Lyndon Baines Johnson hérite de la guerre du Vietnam.

Redoutant une contagion communiste en Asie du Sud-est, il intensifie l'engagement militaire des Etats-Unis mais ses détracteurs lui reprocheront une ampleur insuffisante, responsable selon eux de la défaite américaine.

Elu facilement pour un second mandat en novembre 1964, il est écartelé entre la guerre contre le communisme et la lutte contre la pauvreté et les discriminations, sa priorité intérieure.

A la suite d'incidents navals dans le Golfe du Tonkin, le 5 août 1964, Johnson obtient du Congrès les pleins pouvoirs pour mettre en échec la guérilla nord-vietnamienne. Les premiers bombardements américains sur le Nord, le 7 février 1965, puis le débarquement près de Danang des premiers Marines marquent l'escalade du conflit.

Malgré une puissance de feu gigantesque, les Américains ne parviennent pas à vaincre la résistance communiste.

En 1968, quelque 550.000 militaires américains sont présents au Vietnam mais 16.000 y sont morts. Les pertes humaines ne cessent de croître, alimentant les critiques contre Johnson qui décide de ne pas se représenter à la présidence.

En mars, espérant favoriser des négociations, il suspend les bombardements sur le Nord.

Président complexe et controversé, Lyndon Johnson déclarera regretter de ne pas avoir bombardé et miné plus tôt le Nord-Vietnam, ce qui, selon lui, aurait permis de mettre fin à la guerre dès 1969.

Lorsque Lyndon Johnson quitte la Maison Blanche en janvier 1969, les négociations avec les Nord-Vietnamiens sont déjà bien entamées. Il meurt d'une crise cardiaque, à l'âge de 64 ans, dans son Texas natal, le 22 janvier 1973, cinq jours avant la signature des Accords de Paris qui mettent fin à l'engagement militaire américain.

Richard Nixon, le président du désengagement

Avant d'être contraint à la démission par le scandale du Watergate, le président Richard Nixon peut se targuer d'avoir extirpé les Etats-Unis du bourbier vietnamien, en mettant fin à leur engagement militaire en janvier 1973.

Image
Le président Richard Nixon lors d'une conférence de presse à Washington le 27 octobre 1973 - AFP
Le président Richard Nixon lors d'une conférence de presse à Washington le 27 octobre 1973 - AFP

Un an et demi auparavant, en mai 1972, il avait ordonné la reprise des bombardements américains sur le Nord-Vietnam et approuvé une invasion du Cambodge pour empêcher l'approvisionnement par la piste Ho Chi Minh.
Elu à la Maison Blanche en novembre 1968 contre le démocrate Hubert Humphrey, Nixon, l'ancien avocat d'affaires, se fait réélire triomphalement en novembre 1972 avec plus de 61% des voix.

La révélation de l'effraction, en juin, du quartier-général du parti démocrate à Washington, le Watergate, n'a pas empêché sa réélection mais elle lui sera fatale six ans plus tard.

Le 27 janvier 1973, le président conclut les Accords de Paris avec l'aide d'Henry Kissinger.

Il promet de continuer à soutenir le régime sud-vietnamien en lutte contre le Nord communiste mais ne pourra respecter sa promesse, le scandale du Watergate ayant considérablement réduit son pouvoir.

Le 30 avril 1975, Saïgon tombe aux mains des communistes.

Face à une procédure de destitution engagée par le Congrès, Nixon se résigne à démissionner le 9 août 1974. Il bénéficiera d'une amnistie le 8 septembre, accordée par Gerald Ford, son successeur et ancien vice-président.

Dans un livre sur le Vietnam publié en 1985, Nixon accuse le Congrès d'avoir "transformé la victoire en défaite".

Il lui reproche d'avoir empêché "la survie du Sud-Vietnam (qui) dépendait de la volonté des Etats-Unis de faire respecter des accords de paix en maintenant à la fois l'aide (au Sud) et une menace crédible d'action militaire (contre le Nord)".

Il meurt le 22 avril 1994, à l'âge de 81 ans.

Video file
Kissinger à Paris - INA