De Gaulle écrivain

Voici une des dépêches diffusées par l'AFP le 10 novembre 1970, à l'occasion du décès du Général :
PARIS, 10 nov (AFP) - Le destin n'aura pas laissé au Général de Gaulle le temps de terminer son œuvre de mémorialiste. Lundi, il avait encore travaillé à la rédaction du tome deux des « Mémoires d'espoir ». Il est vain de se demander comment il aurait rempli ces pages blanches, ce que l'on sait, c'est que, dans ce livre comme dans ses « Mémoires de guerre », le Général s'adressait à l'histoire. Solitaire par nature, de Gaulle avait trouvé dans l'écriture une forme d'expression qui lui permettait d'être pleinement lui-même.
Il est significatif qu'il tenait comme César à parler de soi à la troisième personne, le Général écrivait volontiers « de Gaulle pense - de Gaulle dit ». Il avait adopté le ton le plus haut. Tantôt en brèves sentences, tantôt en larges périodes, il brossait de grands tableaux d'histoire où s'exprimaient son amour de la grandeur, sa rigueur et cette flamme qui n'a jamais cessé de l'animer.
Charles de Gaulle avait fait ses débuts d'auteur en 1924 avec « La discorde chez l'ennemi », ouvrage consacré aux dissentiments internes de l'Allemagne pendant la première guerre mondiale. Le jeune officier qui s'était plongé dans les mémoires des plus hauts personnages et avait dépouillé les documents parlementaires de l'époque, souhaitait que son étude ne présentât aucune des hésitations d'un début.
Huit ans plus tard, paraît « Le fil de l'épée ». Dans cet ouvrage, il demandait à l'élite militaire de reprendre conscience de son rôle prééminent, de se concentrer « sur son objet qui est tout simplement la guerre », de relever la tête et de regarder vers les sommets.
En 1934, il donne son troisième livre « Vers l'armée de métier ». Dans cet ouvrage, il expose sa propre doctrine sur la création d'armée de métier. Il reviendra en 1938 sur ces problèmes dans « La France et son armée ». Ce sont ces considérations sur le rôle de l'armée qu'il voulait motorisée et blindée, dotée de chars et d'avions, équipée de moyens de communications modernes, qui commencent à le faire connaître.

Après sa démission en 1946, le Général commence dans la retraite de « La Boisserie » la rédaction des « Mémoires de guerre » : cette œuvre désormais classique comporte trois volumes: « L'appel 1940/42 », « L'Unité 1942/44 » et « Le Salut 1944/46 ». Une forte discipline classique se manifeste dans ces livres qui prendront place dans l'histoire de la littérature française à côté de ceux des grands mémorialistes du 17e siècle. Peu de décors, peu de pittoresque, une concision latine avec de grandes envolées oratoires dans lesquelles on retrouve les dons de l'auteur des « Discours et messages ».
Sur « La traversée du désert », le Général n'a pas laissé de témoignage. Il reprend la plume après sa deuxième retraite pour rédiger « Les Mémoires d'espoir » dont le premier tome, publié le 7 octobre dernier, constitua un foudroyant succès de librairie. En trois semaines, plus de 400.000 exemplaires du premier tome ont été vendus - succès qui dépasse tout ce que la librairie française a connu comme best-seller.
Cette œuvre de grande allure si fortement identifiée à l'homme, restera désormais la meilleure façon de connaître le chef de la France libre. On y retrouve son ton altier, sa respiration, ses humeurs et cet amour de la France qui a dirigé toute son action.