28 avril 1969 : le général quitte le pouvoir

 

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Le dernier discours de de Gaulle en 69 à Quimper. - AFP
Le dernier discours de de Gaulle en 69 à Quimper - AFP

Par Claude CASTERAN

Lundi 28 avril 1969, à minuit onze, le général de Gaulle annonce, dans un communiqué: « je cesse d'exercer mes fonctions de Président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi ».

Comme souvent aux heures graves, c'est dans le refuge de la Boisserie, à Colombey-les-Deux-Eglises, que le général a appris la veille au soir la victoire du « non » au référendum sur la régionalisation et la réorganisation du Sénat.

Lundi matin, la France découvre que Charles de Gaulle, président de la République depuis janvier 1959, « est parti ». Comme lors de sa précédente démission, en 1946, il a choisi de « quitter la barre en silence » (Mémoires de guerre). Le héros de la France libre avait alors 56 ans. En avril 1969, il a 78 ans.

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De Gaulle glissant son bulletin dans l'urne, le 27 avril 1969 - AFP
De Gaulle glissant son bulletin dans l'urne, le 27 avril 1969 - AFP

Le soir du vendredi 25 avril, à 20H00, le général, dans une ultime allocution radiotélévisée de sept minutes, avait prévenu: « vous, à qui si souvent j'ai parlé pour la France, sachez que votre réponse dimanche, va engager son destin (...) parce que si je suis désavoué par une majorité d'entre vous (...) ma tâche actuelle de chef de l'Etat deviendra évidemment impossible et je cesserai aussitôt d'exercer mes fonctions ».

Ce sera son dernier appel aux Français, 29 ans après le 18 juin 1940.

Lui-même pressent l'échec. On saura plus tard que le chef de l'Etat qui n'avait eu que les gaullistes comme alliés au cours de la bataille référendaire, ne cachait pas, du moins en privé, depuis quinze jours que tout lui semblait perdu. Le 23, après avoir présidé son dernier conseil des ministres, il avait déclaré: « nous nous réunissons en principe mercredi prochain (...) s'il n'en était pas ainsi, ce serait un chapitre de l'Histoire de France qui serait terminé ».

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Charles et Yvonne de Gaulle en Irlande, le 14 mai 1969, avec l'aide de camp François Flohic - AFP
Charles et Yvonne de Gaulle en Irlande, le 14 mai 1969, avec l'aide de camp. François Flohic - AFP

Dans l'après-midi du 25, après avoir enregistré en fin de matinée son allocution, le général monte dans la DS (Citroën) présidentielle avec Mme de Gaulle pour se rendre à Colombey. Il ne reviendra plus à l'Elysée.

Le couple présidentiel ne quittera la Boisserie que le dimanche en fin de matinée, pour aller voter à la petite mairie de Colombey. Il fait froid et il pleut. Auparavant, pour éviter les curieux, c'est dans le salon de sa demeure campagnarde que le général a entendu la messe.

Dès la certitude de l'échec, il demande au secrétaire général de l'Elysée, Bernard Tricot, de publier « aussitôt après minuit » le communiqué qu'il lui avait laissé avant de partir, écrit de sa main, et daté du 28 avril. Le général de Gaulle a décidé de ne plus intervenir dans la vie nationale.

Peu après, il est photographié en Irlande avec sa femme et son aide de camp. « On retourne toujours à ses sources », écrit-il en allusion à ses ancêtres. Par sa grand-mère maternelle, il descend en effet d'un clan irlandais, les Mac Cartan. « En ce moment grave de ma longue vie, j'ai trouvé ici ce que je cherchais : être en face de moi-même », dit-il lors d'un discours à Dublin, le 18 juin 1969.

Mais son dernier voyage à l'étranger, il l'effectuera en Espagne en juin 70, rendant hommage au général Franco, au vif émoi de certains de ses partisans, André Malraux en tête, qui avait combattu en 1936-37 aux côtés des Républicains espagnols.

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De Gaulle avant le référendum de 1969 INA

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