9 novembre 1970, 19H30 : le général tombe, foudroyé

 

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La bibliothèque de la Boisserie. - AFP
La bibliothèque de la Boisserie - AFP

« De Gaulle décéda » : il est 9H41, ce mardi 10 novembre 1970, quand un flash de l'AFP apprend au monde la mort de l'homme du 18 juin, chef de la France libre, fondateur de la Ve République et président de la République pendant onze ans.

La veille, à 19H30, le « plus illustre des Français » est tombé foudroyé par une rupture d'anévrisme, dans la bibliothèque de sa résidence de la Boisserie. Il aurait eu 80 ans le 22 novembre 1970.

Depuis sa démission de la présidence de la République le 28 avril 1969, au lendemain de l'échec du référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat, le général vivait retiré à Colombey.

Ce 9 novembre, comme d'habitude, il travaille au second tome de ses Mémoires, déjeune avec son épouse Yvonne. L'après-midi, entre deux averses, il se promène dans le jardin, reçoit un voisin et écrit à quelques « Compagnons » et à son fils Philippe, capitaine de vaisseau à Brest.

En fin de journée, le général s'assied devant sa table de bridge et commence une « réussite », sa « discipline d'oisiveté » comme il l'appelle. Soudain, il pousse un cri et laisse échapper les cartes. « Oh, j'ai mal, là, dans le dos » , murmure-t-il avant de s'affaisser doucement sur le côté, retenu par le bras du fauteuil, la tête dans une main. Il a perdu connaissance.

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La presse anglaise annonce en une la mort de de Gaulle. - AFP
La presse anglaise annonce en une la mort de de Gaulle - AFP

Prévenus par son épouse, le père Claude Jaugey, curé de Colombey, et le médecin de Bar-sur-Aube, le Dr Lacheny, arrivent ensemble. Alors que le prêtre lui administre les derniers sacrements, le médecin signifie à Mme de Gaulle qu'il n'y a plus d'espoir. Dans la petite pièce silencieuse où un feu de bois se consume dans la cheminée, seuls sont présents, tous agenouillés, Mme de Gaulle, les deux servantes Charlotte et Honorine, le chauffeur Francis Marroux, le médecin et le prêtre.

Cette mort sera gardée secrète toute la nuit.

Yvonne de Gaulle fait prévenir sa fille et son mari, le général de Boissieu, qui arrivent à Colombey peu après minuit. Le président de la République Georges Pompidou ne sera averti qu'à 7H20 le 10 novembre.

Les dernières volontés de de Gaulle étaient écrites, en trois exemplaires, depuis le 16 janvier 1952. L'un des textes a été remis à M. Pompidou, alors directeur de son cabinet, le deuxième à Philippe de Gaulle, le troisième à sa fille, Mme de Boissieu.

Le général écrivait notamment: « Je veux que mes obsèques aient lieu à Colombey-les-Deux-Eglises (...). La cérémonie sera réglée par mon fils, ma fille, mon gendre, ma belle-fille, aidés par mon cabinet, de telle sorte qu'elle soit extrêmement simple. Je ne veux pas d'obsèques nationales. Ni président, ni ministres, ni bureaux d'assemblées, ni corps constitués... ».

Le 10 novembre, la nouvelle de sa mort se répand comme une traînée de poudre. Dans la rue, sur les lieux de travail, les Français s'abordent pour échanger souvenirs et commentaires. Rapidement, les circuits téléphoniques sont bloqués. Du monde entier, les messages de condoléances affluent. Rue de Breteuil, à Paris, devant le secrétariat particulier du général, une foule se presse spontanément pour signer le livre de deuil.

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Des personnalités à la messe de requiem de Charles de Gaulle le 12 novembre 1970 - AFP
Des personnalités à la messe de requiem de Charles de Gaulle le 12 novembre 1970 - AFP

Réuni en séance extraordinaire, le Conseil des ministres déclare le 12 novembre jour de deuil national et décide que ce même jour une messe solennelle de requiem sera célébrée à Notre-Dame. A 13H00, dans une allocution télévisée, M. Pompidou déclare: « La France est veuve ».

A la Une du Figaro, le dessinateur Jacques Faizant représente une frêle Marianne accablée devant un immense chêne abattu. L'hebdomadaire « bête et méchant » Hara-Kiri préfère amalgamer la mort du général et l'incendie meurtrier d'un dancing à Saint-Laurent-du-Pont (Isère) en titrant : « Bal tragique à Colombey : 1 mort ». L'hebdo sera interdit pour « pornographie » par le ministre de l'Intérieur.

Le 11, dans l'après-midi, Georges Pompidou et son Premier ministre Jacques Chaban-Delmas se rendent à Colombey.

Le monde entier est réuni sous les voûtes de Notre-Dame, ce jeudi 12 novembre à 11H00, en l'absence - fait unique de l'Histoire - de la dépouille du défunt. 86 nations sont représentées par 33 souverains ou chefs d'Etat, dont les présidents américain et soviétique. Derrière les centaines de personnalités, 6.000 fidèles se pressent dans l'immense vaisseau illuminé de Notre-Dame, dont la nef a été tendue d'un voile tricolore. La cérémonie est retransmise en mondovision.

Fidèle aux voeux du général, la famille de Gaulle est à Colombey.

Le 12 au soir, les Parisiens rendent un dernier hommage à Charles de Gaulle en se rassemblant une fois encore, à l'appel du Conseil de la ville, sur la plus célèbre avenue du monde, bravant la pluie et le vent. Sur les Champs-Elysées, pas de cris, pas de klaxons, pas de manifestations, pas de musique.

Des marchands ambulants vendent 2 francs la fleur unique et 6,50 F la botte de cinq fleurs. Sous l'Arc de triomphe, où a été placé un portrait du général, un tapis de fleurs se forme, parfois épais de plus de 1m 50. Derrière la flamme, d'autres fleurs forment une gigantesque croix de Lorraine.

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Pompidou annonce la mort de de Gaulle - INA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Hommage à de Gaulle - INA