Mai 68 : de Gaulle et la « chienlit »

 

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Des Parisiens se moquent de de Gaulle en mai 68. - AFP
Des Parisiens se moquent de de Gaulle en mai 68 - AFP

Par Claude CASTERAN

« Le pouvoir est dans la rue », « Interdit d'interdire », « Jouir sans entraves », « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi » : en ce printemps 68, les jeunes « enragés » ne peuvent que se heurter au régime gaulliste qui incarne pour eux la société traditionnelle, capitaliste et impérialiste.

Que ce soit dans les écoles, les universités, les familles ou les entreprises, les crises, morales, politiques, culturelles, éclatent alors dans plusieurs pays occidentaux, la lutte contre la guerre du Vietnam servant de trait d'union entre les contestataires du monde entier.

Enclenchée par une révolte des étudiants parisiens, gagnant le monde ouvrier et pratiquement toutes les catégories de la population, provoquant la paralysie complète du pays pendant plusieurs semaines, la crise de mai 68 reste un des principaux, sinon le plus important, mouvement social de l'Histoire de France du 20e siècle.

Président de la République depuis 1959, Charles de Gaulle a 77 ans. Georges Pompidou affirme résumer la pensée du général en disant : « la réforme, oui, la chienlit, non ! ». Le président laisse finalement les rênes à son Premier ministre pour tenter de reprendre en main la situation.

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De Gaulle à la télévision le 24 mai 1968. - AFP
De Gaulle à la télévision le 24 mai 1968 - AFP

Les accords de Grenelle, conclus le 27 mai entre gouvernement, représentants des syndicats et du patronat, aboutissent à un certain nombre de mesures sociales mais ne résolvent pas immédiatement la crise.

La gauche socialiste croit son heure venue et François Mitterrand se dit prêt à prendre la tête d'un gouvernement provisoire en nommant à ses côtés Pierre Mendès-France. Une initiative interprétée par certains comme une tentative de coup d'Etat de la gauche.

Le 29 mai, les services publics sont paralysés, les étudiants scandent « Dix ans, ça suffit ». Et c'est le coup de théâtre : le chef de l'Etat fait annuler le Conseil des ministres et quitte Paris en hélicoptère dans le plus grand secret. La rumeur s'emballe. De Gaulle va-t-il se retirer ? Pierre Mendès-France se déclare prêt à former un « gouvernement provisoire de gestion », s'il obtient l'accord de « toute la gauche unie ».

Mais le voyage-éclair de de Gaulle à Baden-Baden, chez le commandant des troupes françaises en Allemagne, le général Jacques Massu, agit comme un électrochoc à partir duquel le pouvoir gaulliste va reprendre l'avantage sur la rue.

Car de Gaulle reparaît le soir à Colombey-les-Deux-Eglises. A Baden-Baden, Massu l'a assuré de la fidélité de l'armée. De Gaulle avouera plus tard avoir eu la tentation « de se retirer ». En attendant, le lendemain, il annonce la dissolution de l'Assemblée nationale, fustige le « communisme totalitaire », les « politiciens au rancart » et ceux qui veulent « empêcher les étudiants d'étudier et les travailleurs de travailler ».

Dans la soirée, des centaines de milliers de gaullistes remontent les Champs-Elysées derrière Maurice Schumann, Michel Debré et André Malraux en lançant « De Gaulle n'est pas seul ».

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Des manifestants gaullistes le 30 mai 1968 sur les Champs-Elysées. - AFP
Des manifestants gaullistes le 30 mai 1968 sur les Champs-Elysées - AFP

En juin, gaullistes et républicains indépendants obtiennent 358 sièges à l'Assemblée nationale, 115 de plus que la majorité absolue.

Mais le vieux chef a perçu que le pays a besoin de démocratie, plus directe et plus proche du peuple. Il veut décentraliser et réformer le Sénat. Il décide d'un référendum et met en avril 1969 tout son poids politique dans la balance. Il promet de partir si les Français répondent « non ». Ce qu'ils font. Ce qu'il fait.

 

 

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La chienlit : Pompidou cite de Gaulle - INA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2. Manifestation gaulliste en 1968 - INA