Picasso écrivain

 

Image
Pablo Picasso (G) présente ses affiches pour l'exposition de Vallauris à son ami le poète Paul Eluard (D), en août 1952 - AFP
Pablo Picasso (G) présente ses affiches pour l'exposition de Vallauris à son ami le poète Paul Eluard (D), en août 1952 - AFP

Dépêche diffusée par l'AFP le jour de la mort de Picasso, le 8 avril 1973.

PARIS, 8 avril (AFP) - Picasso a toujours aimé la littérature et les littérateurs. Son premier ami, aux temps héroïques du « Bateau-Lavoir », fut le poète Max Jacob qui, non content de partager avec lui feu et nourriture, lui lisait, pour lui apprendre le français, des vers de Verlaine.

Guillaume Apollinaire fut aussi des intimes. Plus tard, Eluard, Aragon, Breton le fréquentèrent assidûment. « Je préfère voir des poètes plutôt que des peintres, disait Picasso. Ils ne dérangent pas ma vision ».

Au cours d'une crise sentimentale en 1935, Picasso délaissa ses pinceaux pour quelques semaines. Pour se consoler, il écrivit secrètement des poèmes en espagnol. Ils trahissent une nette influence du surréalisme (Picasso avait d'ailleurs illustré la revue officielle de ses amis avec une première ébauche de six « Minotaures »).

Non seulement, il use du procédé de l'écriture automatique, mais ses images mêmes sont bien, avec leur violence et leur caractère insolite, dans la ligne de cette école. « Il écrit des tableaux et peint des poèmes », disait de lui André Breton.

Picasso fête son 75ème anniversaire à Vallauris le 25 octobre 1956. A droite, le poète et écrivain Jean Cocteau 
Picasso fête son 75ème anniversaire à Vallauris le 25 octobre 1956. A droite, le poète et écrivain Jean Cocteau - JEAN MEUNIER - INTERCONTINENTALE/AFP 
De fait, Picasso invente une écriture personnelle. Il trace d'une seule coulée les mots clés du poème, comme le fait le sanscrit. Il use de la ponctuation, du trait d'union notamment, comme de purs graphismes.

Image
Picasso fête son 75ème anniversaire à Vallauris le 25 octobre 1956. A droite, le poète et écrivain Jean Cocteau - Jean Meunier - AFP
Picasso fête son 75ème anniversaire à Vallauris le 25 octobre 1956. A droite, le poète et écrivain Jean Cocteau. Jean Meunier - AFP

Le poète et secrétaire particulier Jaime Sabartès fut d'abord le seul lecteur de ces poèmes. Puis Picasso les montra à ses amis surréalistes et Breton en publia quelques-uns dans Les Cahiers de l'art. Avec une préface où il disait : « Cette poésie ne pourra manquer d'être plastique comme cette peinture est poétique ». Il louait particulièrement des formules comme celles-ci : « Le soleil-lumière dans le blanc découpe un loup étincelant » ou « Le couteau qui bondit de plaisir n'a pas d'autre ressource que de mourir de plaisir ».

Quelques années plus tard, au début des années 40, pendant l'Occupation, Picasso écrivit une pièce en 6 actes, mais longue seulement d'une cinquantaine de pages (publiée chez Gallimard) : « Le désir attrapé par la queue ». On y trouve un délire verbal qui répond au délire pictural de Picasso, un goût de l'érotisme très affirmé et aussi, ce qu'explique l'époque, des allusions nombreuses aux plaisirs de la table.

La pièce fut jouée en 1944 avec des acteurs improvisés mais de qualité : Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Valentine Hugo, Cécile Eluard, Pierre Reverdy, Jacques Lacan, Louise et Michel Leiris.