La forêt boréale en danger
Par Diane DESOBEAU et Marion THIBAUT
Le réchauffement climatique menace la forêt boréale, l'immense anneau de verdure qui encercle l'Arctique, comme l'illustre ce reportage :
FORT MCMURRAY (Canada), 14 novembre 2022 (AFP) - Vitale pour l'avenir de la planète, la forêt boréale est en danger, menacée tout comme la forêt amazonienne, par le réchauffement climatique.

Déployée sur le Canada, la Scandinavie, la Russie et l'Alaska, celle que l'on appelle aussi taïga est fragilisée par les incendies qui se multiplient, la fonte du permafrost, les épidémies d'insectes rendues plus virulentes par des températures plus douces.
Dans sa cabane au Québec, dans un coin proche du fleuve Saint-Laurent, Jean-Luc Kanapé, membre du peuple Innu, vit en communion avec les peupliers tremble et les épinettes noires avec « l'énergie du vent, du froid », là où la voie lactée enflamme le ciel les nuits d'été.
« Quand je suis au cœur de la forêt, je sens que j'en fais partie. Les arbres sont comme mes racines », dit à l'AFP ce colosse de 47 ans.
Mais l'homme qui dédie sa vie à la défense des caribous, dont l'habitat est menacé par la disparition des forêts les plus anciennes sous l'effet du réchauffement et de la déforestation, est inquiet.
« Souvent, on dit il faut sauver la planète mais c'est faux », prévient-il, « c'est notre propre déclin » qui est en jeu.
- Plus vaste étendue sauvage au monde -
Cette forêt - dont le nom vient de Borée, le titan de la mythologie grecque qui personnifie le vent du nord - couvre 10% des terres émergées et a une influence déterminante sur les océans du nord du globe et sur le climat mondial.
Avec ses 1,2 milliard d'hectares, la plus vaste étendue sauvage au monde (presque un tiers de toutes les zones boisées) freine le réchauffement en absorbant une part importante du dioxyde de carbone rejeté dans l'atmosphère.
Au total, elle stocke deux fois plus de carbone que l'ensemble des forêts tropicales, elle emmagasine également un étonnant volume d'eau douce.
Depuis toujours la forêt boréale subit des perturbations naturelles. Mais les scientifiques s'inquiètent aujourd'hui de les voir se produire plus souvent, voire de devenir la nouvelle norme.
« On se retrouve avec une saison des feux qui est plus longue, plus sévère. Ils sont plus intenses et couvrent de plus grandes superficies », constate Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière pour le ministère canadien des Ressources naturelles.
D'après des données récentes, les incendies détruisent deux fois plus de couverture forestière dans le monde qu'au début du siècle et 70% des surfaces dévorées par les flammes en 20 ans concernent les forêts boréales.

- Multiplication des épidémies -
Le réchauffement climatique modifie tout l'écosystème en asséchant les parties de la forêt le plus au sud tandis que dans le nord les arbres colonisent la toundra où ils trouvent dorénavant des conditions plus propices à leur développement.
Récemment, des scientifiques ont découvert que des épicéas blancs s'étaient déplacés vers le nord de l'Alaska dans une région de la toundra arctique qui n'avait pas connu de tels arbres depuis des millénaires.
« Vous pouvez perdre une forêt beaucoup plus rapidement qu'elle ne peut croître et fournir un habitat à la faune », met en garde Diana Stralberg, chercheuse à Edmonton dans l'ouest canadien pour le ministère des Ressources naturelles.
Sans compter la multiplication des épidémies d'insectes favorisées par la hausse des températures: les arbres déjà « stressés » par le manque d'eau sont moins résistants et les insectes profitent d'hivers moins froids ou d'étés plus longs.
« Il y a une limite à ce que les arbres peuvent encaisser », prévient David Paré, chercheur canadien pour le ministère.
Il est encore possible de réduire les dégâts, estiment les experts. Cependant la solution, pour que la forêt boréale continue de jouer son rôle essentiel pour la santé de la planète, ne peut être que globale.