Dans la ville la plus chaude du Pakistan
Par Ashraf KHAN et Emma CLARK
Les vagues de chaleur sont difficiles à surmonter en Europe. Elles sont encore plus redoutables dans les pays pauvres, comme l'illustre ce reportage au Pakistan :
JACOBABAD (Pakistan) - 18 mai 2022 (AFP) - Quand Saeed Ali, un écolier pakistanais, est arrivé à l'hôpital à Jacobabad, ville réputée la plus chaude du Pakistan, il était à deux doigts de mourir d'un coup de chaleur.

Le garçon de 12 ans s'était effondré alors qu'il rentrait chez lui à pied sous le soleil brûlant, après avoir suffoqué toute la matinée dans une salle de classe dépourvue de ventilateurs.
Située dans la province aride du Sindh, dans le centre du Pakistan, Jacobabad a enregistré des températures allant jusqu'à 51°C en mai 2022, pendant une grande vague de chaleur.
La ville est située sur « la ligne de front du changement climatique », affirme l'adjoint au maire, Abdul Hafeez Siyal. « La qualité de vie générale, ici, en souffre ».
Jacobabad et les villages qui l'entourent comptent plus d'un million d'habitants, dont la plupart vivent dans une extrême pauvreté. Le manque d'eau et d'électricité rendent la canicule encore plus infernale.
Saeed a été hospitalisé dans un état critique, victime d'un « coup de chaleur », ce qui survient lorsque le corps est tellement surchauffé qu'il n'arrive plus à se refroidir.
Selon l'infirmier Bashir Ahmed du centre de traitement des coups de chaleur récemment ouvert à Jacobabad, le nombre de patients arrivant dans un état grave augmente de jour en jour.
« Auparavant, la canicule atteignait son comble en juin et en juillet, mais maintenant elle arrive en mai », dit-il.
- « Comme un feu qui brûle » -

Outre les écoliers, les ouvriers qui n'ont d'autre choix que de travailler toute la journée au soleil sont parmi les plus vulnérables.
De même les employés des fabriques de briques, qui manipulent des fours qui peuvent atteindre 1.000°C.
« L'intense chaleur nous donne parfois envie de vomir. Mais si je ne peux pas travailler, je ne peux pas gagner ma vie », raconte Rasheed Rind, employé dans une de ces fabriques.
A Jacobabad, toute la vie est centrée sur la nécessité d'échapper à la chaleur mortelle.
« C'est comme un feu qui brûle partout autour de nous. Ce dont nous avons le plus besoin, c'est d'électricité et d'eau », dit Shafi Mohammad, un forgeron.
Mais en raison des pénuries d'électricité, les villages n'ont droit qu'à six heures de courant par jour.
Et l'eau potable est rare, en raison de la sécheresse, de la pollution et de la mauvaise gestion des ressources par le gouvernement.
Des « mafias de l'eau » sans scrupules puisent de l'eau potable dans les réserves publiques et l'acheminent dans des bidons sur des charrettes tirées par des ânes.
- Choisir entre manger ou boire -
A 20 roupies (25 centimes d'euro) les 20 litres, les familles les plus pauvres doivent parfois choisir entre manger et boire.
« Nous préférons que l'eau potable aille d'abord au bétail, car notre subsistance en dépend », explique Abdul Sattar, un éleveur de buffles.
Ce principe n'admet aucune exception, même quand les enfants souffrent de maladies de peau et de diarrhée à cause des grosses chaleurs.
« C'est un choix difficile, mais comment les enfants mangeraient-ils si le bétail mourait ? » justifie M. Sattar.
Pendant les mois les plus chauds, les habitants des communautés pauvres autour de Jacobabad migrent souvent vers des lieux où les températures plus clémentes permettent de travailler à l'extérieur sans risquer la mort, et où les pénuries d'eau et d'électricité sont moins aiguës.