De 1966 à 1996, 193 essais nucléaires en Polynésie française

 

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Vestiges du site nucléaire de Moruroa, en Polynésie française, 18 ans après le dernier tir, le 13 février 2014 - AFP
Vestiges du site nucléaire de Moruroa, en Polynésie française, 18 ans après le dernier tir, le 13 février 2014 - AFP

Après 17 essais nucléaires au Sahara, le champ de tir est transféré en 1966 en Polynésie française, sur les atolls de Moruroa et Fangataufa, où la France procèdera à 193 nouveaux essais en trente ans, dont 12 de sécurité c'est-à-dire sans explosions.

C'est là, dans l'archipel des Tuamotu, que sont basées les installations du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP).

Du 2 juillet 1966, date du premier essai français dans le Pacifique-sud, jusqu'au dernier, le 27 janvier 1996, 41 tirs ont lieu dans l'atmosphère - au sol ou en altitude -, puis 140 dans des puits souterrains. D'abord dans la couronne des atolls, puis à partir de 1979 au milieu des lagons pour éviter le tassement des récifs. Douze essais de sécurité, sans explosions, ont également été conduits.

Durant cette période, le 24 août 1968, la France fait exploser au-dessus de Fangataufa sa première bombe H (thermonucléaire) de 2,6 mégatonnes (Mt) - une bombe à fusion, beaucoup plus puissante que celle à fission.

- « Pollution majeure » -

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Une fissure apparaît sur une partie du sol de l'atoll de Mururoa, le 7 juin 2000, sur l'ancien site du Centre d'expérimentation des essais nucléaires français atmosphériques puis souterrains en Polynésie - AFP
Une fissure apparaît sur une partie du sol de l'atoll de Mururoa, le 7 juin 2000, sur l'ancien site du Centre d'expérimentation des essais nucléaires français atmosphériques puis souterrains en Polynésie - AFP

En juin 1995, le président Jacques Chirac annonce la reprise des tirs français, mettant fin à un moratoire décidé trois ans plus tôt par son prédécesseur, François Mitterrand, et respecté par les grandes puissances nucléaires, à l'exception de la Chine.

Cette dernière série de tirs, de 30 à 120 kt, se déroule du 5 septembre 1995 au 27 janvier 1996, à Moruroa et Fangataufa. Elle doit permettre à Paris de disposer des données nécessaires pour passer au stade de la simulation en laboratoire. Mais la reprise des tirs déclenche un tonnerre de protestations dans de très nombreux pays et met la France en position d'accusée sur la scène internationale.

Des huit tirs programmés, six seulement auront lieu, jusqu'à l'annonce de l'arrêt définitif des essais, le 29 janvier, et de la décision de la France de signer le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires.

Pour les Polynésiens et les personnels affectés aux essais, les conséquences vont bien au delà de l'arrêt des tirs et du démantèlement du CEP. « Environ 2.000 personnes, dont 600 enfants de moins de 15 ans, résidaient pendant les essais aériens en Polynésie » dans le secteur défini par la loi d'indemnisation de 2010, selon un rapport de la commission de la Défense du Sénat de septembre 2013. Et certains de ces essais ont eu des retombées radioactives « très importantes » en raison conditions météorologiques sur les îles alentour.

Alors que les Polynésiens considèrent que les essais sont la cause de nombreux cancers dans l'archipel, seuls une vingtaine de dossiers sur un millier ont jusqu'ici fait l'objet d'une indemnisation, au grand dam de l'association « Morurua et tatou » qui mène le combat pour les personnes atteintes de leucémie et de diverses formes de cancers.

Lors d'une visite à Papeete, le 23 février 2016, le président François Hollande a annoncé solennellement la modification d'un décret d'application de la loi d'indemnisation du 5 janvier 2010, dite loi Morin du nom de l'ancien ministre de la Défense Hervé Morin, afin d'assouplir les conditions exigées pour être indemnisé. Il s'est en outre engagé à ce que l'Etat accompagne le développement du service d'oncologie au centre hospitalier de Tahiti.

Le chef de l'Etat a aussi annoncé la sanctuarisation de la « dette nucléaire » : une rente accordée chaque année par l'Etat à la Polynésie depuis la fin des essais en 1996, mais dont le montant (1 milliard de francs, soit l'équivalent de 150 millions d'euros) a été réduit au fil des ans.

Enfin, les essais dans le Pacifique ont également eu des conséquences sur l'environnement, comme des fissures dans la barrière de corail, et à la fin 2014 l'assemblée de Polynésie avait voté une résolution demandant réparation à l'Etat pour « le préjudice écologique » , la « pollution majeure » et l' « atteinte au patrimoine naturel » provoqué par 30 ans d'essais nucléaires.

« Les conséquences environnementales des essais devront également être traitées » sur les atolls qui accueillaient les installations nucléaires, a reconnu François Hollande lors de sa visite. L'Etat achèvera notamment « le démantèlement des installations et la dépollution de l’atoll de Hao » et ceux de Mururoa et Fangataufa feront l'objet d'une « vigilance méticuleuse », a-t-il dit.

« Je reconnais que les essais nucléaires menés entre 1966 et 1996 en Polynésie française ont eu un impact environnemental, provoqué des conséquences sanitaires » , a déclaré François Hollande, tout en saluant « solennellement » la contribution de la Polynésie à la force de dissuasion nucléaire française.