Dix-sept essais nucléaires français au Sahara de 1960 à 1966

 

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Un Algérien observe le 25 février 2010 le site d'In Ekker, où on eu lieu les essais nucléaires français de 1961 à 1966 Fayez Nureldine - AFP
Un Algérien observe le 25 février 2010 le site d'In Ekker, où on eu lieu les essais nucléaires français de 1961 à 1966. Fayez Nureldine - AFP

La France a procédé à un total de 17 essais nucléaires au Sahara algérien entre le 13 février 1960 et le 16 février 1966, sur les sites de Reggane puis d'In Ekker.

Les quatre premiers essais ont été aériens, la charge explosive étant, soit fixée en haut d'un mât métallique, soit au sol. Réalisée au plus fort de la guerre d'Algérie, cette première série, nom de code « Gerboise » , a eu lieu à une cinquantaine de kilomètres de la petite ville algérienne de Reggane, alors en territoire français.

A 1.500 km au sud d'Oran, Reggane a été choisie en juillet 1957 pour servir de « base-vie » aux personnels civils et militaires qui participent au programme nucléaire. Le poste de commandement avancé a été installé plusieurs dizaines de km plus au sud, avant la zone d'essais proprement dite, à une dizaine de km de là.

Après « Gerboise bleue » , la première bombe atomique française au plutonium d'une puissance de 60 à 70 kilotonnes (près de 4 fois celle d'Hiroshima), les deux tirs suivants, Gerboises « blanche » et « rouge » , d'une puissance réduite à 5 kilotonnes, ont lieu les 1er et 27 avril de la même année.

Le quatrième tir, Gerboise « verte » - 5 kt également - a été déclenché en urgence le 25 avril 1961, deux jours après la tentative de putsch des généraux à Alger, pour éviter que l'engin ne tombe entre leurs mains.

Les 13 essais suivants ont été souterrains, au fond de

 tunnels creusés dans la montagne à In Ekker, en bordure du massif du Hoggar, pour limiter la dispersion de particules radioactives dans l'atmosphère. Après l'indépendance de l'Algérie, en 1962, les essais français se sont poursuivis au Sahara en vertu d'un accord secret. Le dernier, Grenat - moins de 20 kt -, a eu lieu le 16 février 1966.

Le 1er mai 1962, lors de l'essai Béryl, un nuage radioactif s'est échappé de la galerie de tir insuffisamment confinée.

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L'entrée de l'ancien site nucléaire français d'In Ekker, au Sahara algérien, le 25 février 2010 Fayez Nureldine - AFP
L'entrée de l'ancien site nucléaire français d'In Ekker, au Sahara algérien, le 25 février 2010. Fayez Nureldine - AFP

Pour Ammar Mansouri, chercheur au Centre de recherche nucléaire d'Alger, les conséquences de cet essai mal maîtrisé peuvent être comparées à celle de l'accident nucléaires de Tchernobyl en 1986 en Ukraine. Et l'agence de presse algérienne APS chiffrait en 2012 à au moins 30.000 le nombre de victimes algériennes de ces essais, atteintes de maladies radio-induites.

Pour les spécialistes du nucléaire, ces 17 essais sahariens ont permis aux techniciens du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et aux militaires de mettre au point la bombe au plutonium de 60 kilotonnes environ, pour un poids d'une tonne, qui a équipé les Mirage IV de première génération de la force de dissuasion française.