Les grands noms de la dissuasion nucléaire française
Par Dominique CHABROL
La construction de la bombe atomique française a été une oeuvre collective, qui a associé dès la création du CEA

(Commissariat à l'énergie atomique) en 1945 par le général de Gaulle, politiques, grands commis de l'Etat, scientifiques et militaires. Trois noms se détachent parmi ceux qui ont conduit cette entreprise commune.
Pierre GUILLAUMAT (1909-1991)
Fils d'un général d'armée, ce polytechnicien au passé de Résistant devient « l'homme de l'atome » en 1951 en tant qu'administrateur général du CEA. A ce poste, il doit faire face en 1954 à un mouvement pacifiste de grande ampleur au sein même du CEA. Pierre Guillaumat incarne ces réseaux issus de la Résistance qui maintiennent le cap pour la création d'une force de dissuasion nucléaire française, quelles que soient les majorités tout au long de la IVe République. Avec le retour de de Gaulle au pouvoir en 1958, il est nommé ministre des armées, fonction qu'il occupe jusqu'au 5 février 1960, date à laquelle Pierre Messmer lui succède, une semaine avant le premier essai nucléaire français.

Yves ROCARD (1903-1992)
Physicien de renom, Yves Rocard rejoint les forces de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale avant de prendre en 1945 la tête du laboratoire du physique de l'Ecole normale supérieure. Au début des années 1950, il
devient conseiller scientifique pour les programmes militaires du CEA, après la mise à l'écart du prix Nobel de chimie Frédéric Joliot-Curie, jugé trop lié au Parti communiste. Responsable scientifique des programmes qui conduisent à la production de l'arme atomique, Yves Rocard est souvent considéré comme le principal artisan de la bombe française. Il est le père de l'ancien Premier ministre Michel Rocard.
Pierre Marie GALLOIS (1911-2010)
Côté militaire, le général Pierre Marie GALLOIS fut l'un des concepteurs de la doctrine de dissuasion nucléaire française. Pilote au sein de la Royal Air Force durant la guerre, il est chef de cabinet du chef d'état-major de l'armée de l'air de 1952 à 1953 et milite pour que la France se dote d'une force de dissuasion. « Hiroshima venait d'avoir lieu.
J'étais convaincu que seule une arme de ce type pouvait protéger la France contre toute guerre éventuelle » , dira-t-il. C'est en s'inspirant notamment de ses travaux sur "le rôle égalisateur de l'atome", que le général de Gaulle élabore une stratégie autour de la nouvelle arme, conçue comme l'ultime garantie de l'indépendance nationale.