Les premières dépêches AFP sur l'explosion de Reggane

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Le général Jean Thiry désignant le site de Reggane, au Sahara algérien, où ont lieu les essais nucléaires français, le 27 décembre 1960 - AFP
Le général Jean Thiry désignant le site de Reggane, au Sahara algérien, où ont lieu les essais nucléaires français, le 27 décembre 1960 - AFP

Une série de dépêches, rédigées au bureau de l'AFP à Alger et à Paris, le 13 février 1960, suivent l'annonce de l'explosion par la présidence de la République. Certaines portent la mention "bulletin" destinée aux informations très importantes :

L'explosion de Reggane enregistrée à Tamanrasset

ALGER, 13 fév 1960 (AFP) - A 6 heures 5 minutes 32 secondes (temps universel) l'observatoire de géophysique du globe de Tamanrasset a enregistré l'arrivée de la première onde sismique provoquée par l'explosion atomique de Reggane.

La secousse brusque et forte au début est allée se résorbant. Elle a été très bien enregistrée. Les deux techniciens de l'énergie atomique venus spécialement à Tamanrasset pour effectuer des observations se refusent à communiquer toute indication. Une station a été également installée pour déceler, par analyse de lair, les retombées radioactives. Il ne semble pas que l'on soit en mesure de donner des renseignements avant une dizaine d'heures.

Le Cercle du Hoggar avait pris toutes les dispositions de sécurité nécessaires : la route du nord était fermée depuis plusieurs jours et les nomades de l'Arak avaient été repliés.

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L'explosion de Reggane enregistrée à Alger

ALGER, 13 fév 1960 (AFP) - L'explosion de la bombe « A » française a été enregistrée à Alger par le sismographe de l'Institut du globe à 7 heures 10 minutes 05 secondes (heure locale).

La secousse a été moins nette qu'à Tamanrasset.

L'Institut du Globe d'Alger ne sera en mesure de donner des précisions que lundi ou mardi après examen de la bande enregistreuse.

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Bombe « A »

BULLETIN

PARIS, 13 fév 1960 (AFP) - Cest M. Pierre Messmer, Ministre des Armées qui, averti par fil direct de l'explosion de la première bombe atomique française, a prévenu aussitôt le Général de Gaulle.

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Bombe « A »

BULLETIN

PARIS, 13 fév 1960 (AFP) - Après les premières observations, on indique au Ministère des Armées qu'il n'y a pas de retombées radioactives sur les régions habitées.

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« Hourrah pour la France » télégraphie le Général de Gaulle à M. Pierre Guillaumat

PARIS, 13 fév 1960 (AFP) - Le président de la République a adressé à 7h46, à M. Pierre Guillaumat, Ministre délégué présent à Reggane le message suivant :

« Hourrah pour la France » , depuis ce matin elle est plus forte et plus fière. Du fond du coeur, merci à vous et à ceux qui ont, pour elle, remporté ce magnifique succès.

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A Reggane ces derniers jours

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Explosion d'une bombe atomique française, le 27 décembre 1960 près de Reggane dans le sud algérien - AFP
Explosion d'une bombe atomique française, le 27 décembre 1960 près de Reggane dans le sud algérien - AFP

PARIS, 13 février 1960 (AFP) - Quelque 10.000 hommes dont 3.000 Sahariens ont vécu à Reggane cette semaine le suspense atomique. L'animation et l'enthousiasme étaient extraordinaires, racontent ce soir les témoins. Pourtant le séjour n'était pas facile. Dans les chambres pour lesquelles ils avaient reçu un billet de logement, les officiers vivaient à cinq.

Pour le visiteur qui prenait l'avion à Paris, Reggane commençait à la porte de Sèvres où se faisaient à l'héliport les premiers contrôles. Au Bourget, nouvelle vérification des ordres de mission. A l'arrivée sur l'aérodrome saharien, celui qui allait pénétrer dans la base secrète, abandonnait tous ses papiers d'identité qu'il troquait contre un laissez-passer spécial. Il recevait alors un petit sachet qu'il devait porter pendant tout son séjour pour contrôler la radioactivité.

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Conférence de presse Bombe « A »

BULLETIN

PARIS, 13 février 1960 (AFP) - M. Pierre Guillaumat, Ministre délégué auprès du premier Ministre, a ouvert à 21 heures, devant de nombreux généraux, quelques polytechniciens et de très nombreux journalistes, dans le grand amphithéâtre de l'Ecole polytechnique, la conférence de presse consacrée à l'explosion de la première bombe atomique française, « important événement qui est survenu ce matin en France » .

« La fabrication et les essais de la bombe résultent avant tout, a-t-il dit, d'une intime collaboration entre le ministère des Armées et le commissariat à l'énergie atomique, collaboration à laquelle M. Boustelle s'était particulièrement attaché et qu'il avait rendue extrêmement efficace durant les derniers mois. Il aura eu l'honneur de la mener à son terme jusqu'aux presque derniers jours qui ont précédé l'explosion » .

Après avoir énuméré les personnalités qui assistaient à l'explosion et nommé tous les représentants de la communauté, M. Guillaumat a souligné que la présence de ces représentants rappelait l'approbation donnée au programme militaire atomique de la France par les Etats de la communauté. « C'est l'annonce de la volonté ferme d'une défense commune et efficace » .

« Les centres d'observation permettent ce soir de donner l'assurance qu'aucun centre habité n'a été menacé ni atteint par les retombées radioactives de l'explosion de ce matin » , a déclaré M. Messmer.