Les Fidji face à la montée des eaux

 

Par Steven TRASK

La montée des eaux provoquée par le réchauffement climatique menace les zones côtières, tout particulièrement dans les îles du Pacifique comme les Fidji :

TOGORU (Fidji), 18 janvier 2023 (AFP) - Aux Fidji, l'océan a déjà englouti le cimetière du petit village de Togoru, et ses habitants craignent d'avoir bientôt les pieds dans l'eau. 

Une femme nage près de Suva (Fidji) en décembre 2022 - Saeed Khan - AFP
Une femme nage près de Suva (Fidji) en décembre 2022. Saeed Khan - AFP

- « Personne ne peut arrêter l'eau » -

Pour elle, ce n'est qu'une question de temps avant que le changement climatique et la montée des eaux ne la poussent, avec sa famille, à déguerpir. « Personne ne peut arrêter l'eau », dit-elle.

Togoru est un petit village de la côte sud de Viti Levu, la plus grande île de l'archipel fidjien. Le réchauffement climatique y impose sa dure réalité.

Mme McGoon, surnommée « Big Nana » par ses voisins, vit ici, au bord de l'océan, depuis près de 60 ans. Sa petite maison en bois n'a ni électricité, ni eau courante.

La vieille dame lève son doigt vers les vagues. « On avait une plantation, juste là », se souvient-elle. Mais la terre ferme a disparu. « En 20 à 30 ans, on a perdu presque 55 mètres ».

Elle, résiste, refuse de s'en aller, s'accroche à son petit coin de paradis. De toute façon, « déménager à (son) âge » la rendrait malade.

 

- Un défi colossal -

Les Fidji, encerclés par les eaux du Pacifique, se préparent au jour où la vie sur les villages côtiers deviendra impossible.

Enfants près de leur maison à Veivatuloa (Fidji) en décembre 2022 - Saeed Khan - AFP
Enfants près de leur maison à Veivatuloa (Fidji) en décembre 2022. Saeed Khan - AFP

Le défi est colossal. Le gouvernement estime que plus de 600 communes devront être évacuées et que 42 villages sont déjà sérieusement menacés.

Selon l'université australienne de Monash, les eaux du Pacifique occidental montent deux à trois fois plus vite que la moyenne.

Dans leur malheur, ces îles volcaniques peuvent se réjouir d'avoir des montagnes.

Le village de Vunidogoloa par exemple, sur l'île de Vanua Levu, a déménagé en 2014 vers un terrain plus élevé, devenant l'un des premiers à se déplacer à cause de la montée des eaux.

Les 200 habitants de Veivatuloa, à 40 kilomètres de la capitale Suva, essaient, quant à eux, toutes les solutions à leur disposition.

- Mur anti-submersion -

Là, l'eau salée grignote les maisons en bois, montées sur pilotis. Entre elles, des petits ponts en planches servent à éviter les flaques qui s'accumulent au sol.

Le mur anti-submersion qui protège le village est en mauvais état. Et les habitants font régulièrement pression sur le gouvernement pour qu'il soit renforcé.

Sairusi Qaranivalu, un porte-parole local, pense que déménager est une grande souffrance pour les Fidjiens, le lien à la terre et aux ancêtres faisant partie des coutumes.

« C'est comme déconstruire la vie traditionnelle et la façon dont nous vivons ensemble », déplore-t-il.

Selon les experts climat de l'ONU (Giec), le niveau de la mer a gagné 15 à 25 cm depuis 1900 et la hausse s'accélère, avec un rythme encore plus rapide dans certaines zones tropicales.

« Les océans pourraient gagner près d'un mètre supplémentaire autour des îles du Pacifique et de l'océan Indien d'ici la fin du siècle.

Selon une étude citée par le Giec, les îles Maldives dans l'océan Indien, les Tuvalu, les Iles Marshall, Nauru et Kiribati dans l'océan Pacifique, risquent de devenir inhabitables d'ici 2100. »

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