En Islande, des collégiens au chevet d'un glacier en péril
Par Jeremie RICHARD
Conséquence directe du réchauffement climatique : la moitié des glaciers de la Terre auront fondu d'ici la fin du siècle. Dans ce reportage, des collégiens islandais étudient le recul d'un glacier :
VIK (Islande), 10 novembre 2019 (AFP) - « C'est vraiment très beau mais tellement triste de voir à quel point le glacier a fondu ». Avec sa classe de 5e, Lilja Einarsdottir arpente le Solheimajökull menacé de disparition par le réchauffement climatique.

Chaque année, Jon Stefansson, un professeur à la retraite, accompagne des collégiens de Hvolsvöllur, dans le sud de l'Islande, au chevet du glacier pour suivre son évolution.
Coincé entre deux flancs de montagnes, le Solheimajökull accuse un recul annuel d'une quarantaine de mètres depuis 2010, selon les relevés des élèves.
En cette journée pluvieuse d'octobre, à l'aide d'un appareil GPS, d'un mètre déroulant et de deux drapeaux jaunes, les adolescents commencent par prendre des relevés sur la terre ferme.
Puis des secouristes leur font traverser en Zodiac une lagune brunâtre formée par les eaux de fonte jusqu'à un mur de glace : là, le glacier atteint jusqu'à 200 mètres d'épaisseur.
« Quand (les premiers élèves ont) commencé ici, (ils) ne voyaient pas la moindre trace d'eau », rappelle Lilja, 11 ans.
- 400 glaciers menacés -

En contrebas du sentier qui mène au front du glacier se dresse une pancarte plantée dans le sable noir : l'inscription « Jöklamaelingar » (« mesures du glacier » en islandais) est entourée d'une série de nombres inscrits à la main --« 24 », « 50 », « 110 »-- qui représentent le recul annuel en mètres du glacier calculé par les élèves.
L'Islande a inauguré en août 2019 une plaque à la mémoire de l'Okjökull, premier glacier de l'île disparu sous l'effet du réchauffement, un symbole pour alerter l'opinion.
L'Okjökull a été déclassé par les glaciologues en 2014, et 400 autres sont en péril comme le Solheimajökull, qui s'étend sur dix kilomètres de long et deux de large environ.
Cette zone est hautement géothermique puisqu'en-dessous de la glace sommeille Katla, l'un des cinq volcans les plus actifs et parmi les plus puissants du pays.
Le glacier a reculé de 11 mètres en 2019 et de 110 mètres l'année précédente. « Cela dépend du temps et de la façon dont le glacier se rompt (...), parfois une grosse partie du glacier se détache, tombe dans l'eau », explique Jon Stefansson.
- Recul de 380 mètres -
Le front glaciaire a reculé de 380 mètres en presque dix ans. Même si les mesures ne sont pas parfaites et n'ont rien d'officiel, elles donnent une idée des changements en cours, qui semblent s'accélérer ces dernières années.
« Ce sont des changements assez subtils lorsque vous êtes ici tous les jours », concède Daniel Saulite, guide depuis cinq ans.
« Mais le volume du glacier est beaucoup plus bas qu'auparavant. Il y a aussi beaucoup plus de crevasses sur le front et l'accès devient de plus en plus difficile », explique-t-il.
Les glaciers recouvrent environ 11% de la superficie de l'Islande et sont l'une des caractéristiques de cette île volcanique.
Mais la fonte bouleverse le paysage. « Des lacs se forment devant plusieurs d'entre eux » note Hrafnhildur Hannesdóttir, glaciologue à l'institut météorologique d'Islande.
Au total, les glaciers islandais ont perdu 250 km3 de glace depuis 25 ans, soit l'équivalent de 7% de leur volume.